Bio dans les cantines : des associations lancent un recours contre l’État pour non respect de ses obligations
Huit ans après l’adoption de la loi Egalim 1, une coalition d’associations demande à l’État de respecter les objectifs qu’il impose aux restaurants collectifs publics. Ils l’accusent de ne pas se conformer aux obligations en matière d’achats d’aliments durables et biologiques..
La loi Egalim 1, adoptée en 2018 à l’issue des États généraux de l’alimentation, est une loi française visant à transformer le secteur agricole et alimentaire. Elle impose notamment aux restaurants collectifs publics (cantines scolaires, hôpitaux, administrations, etc.) d’intégrer 50% de produits durables et de qualité dans leurs repas, dont 20% issus de l’agriculture biologique. Ces objectifs devaient être appliqués à partir de 2022. La loi cherche à améliorer la santé publique, réduire l’impact environnemental de l’alimentation et soutenir les filières agricoles locales. Cependant, huit ans après son adoption, l’État peine à respecter ses propres engagements dans ses propres cantines.
En septembre 2026, un rapport révèle que les cantines relevant de l’État n’atteignent pas les objectifs fixés par la loi Egalim 1. Selon les données officielles, seuls 35,4% des achats sont considérés comme durables et de qualité, et seulement 12,8% sont issus de l’agriculture biologique. À l’échelle nationale, la part de produits biologiques dans la restauration collective (publique et privée) est encore plus faible, à moins de 6%. Ces chiffres contrastent avec les objectifs initiaux de 50% pour les produits durables et 20% pour le bio. De plus, seulement 83% des restaurants collectifs de l’État ont déclaré leurs achats sur la plateforme Ma Cantine, qui permet de suivre leur conformité à la loi.
Face à ce constat, une coalition de cinq associations – Bio Consom’acteurs, Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Agir pour l’environnement et le collectif Les Pieds dans le Plat – a lancé un recours contre l’État pour non-respect de ses obligations. Ces associations estiment que l’État doit montrer l’exemple en appliquant d’abord ses propres lois avant de les imposer aux autres. Julien Lucy, directeur de Bio Consom’acteurs, souligne que «l’État a un devoir d’exemplarité et il n’est pas entendable que dans ses restaurants collectifs, on n’atteigne pas l’objectif fixé». Les associations demandent à la justice d’ordonner des mesures pour garantir le respect de la loi Egalim 1.
L’introduction de produits biologiques dans les cantines présente plusieurs bénéfices. D’un point de vue sanitaire, les produits bio réduisent l’exposition aux pesticides, améliorant ainsi la qualité de l’alimentation servie. Sur le plan environnemental, l’agriculture biologique limite les émissions de gaz à effet de serre et la pollution des sols, tout en favorisant la biodiversité. Enfin, cette transition soutient l’économie locale : la restauration collective représente des milliards de repas par an en France et peut structurer les filières agricoles en garantissant des débouchés stables aux producteurs. Selon les associations, un objectif de 20% de bio est réalisable et n’entraînerait qu’un surcoût de 0,08 € par repas, soit 25% du coût total d’un repas.
Le principal obstacle à l’application de la loi Egalim 1 est le manque de volonté politique, selon les associations. Bien que la loi date de 2018 et que les objectifs devaient être atteints dès 2022, l’État n’a pas mis en place de sanctions en cas de non-respect. Marine Jobert, coordinatrice du collectif Les Pieds dans le Plat, explique que «la production bio existe sur le territoire, il suffit juste d’aller la chercher». En mars 2026, le gouvernement a annoncé des contrôles systématiques sur les nouveaux appels d’offres alimentaires des ministères, mais les associations attendent des actions concrètes et mesurables. Si l’État ne répond pas dans les deux mois, elles menacent de saisir la justice pour faire appliquer la loi.
Certaines collectivités françaises montrent qu’il est possible d’atteindre les objectifs de la loi Egalim 1. Par exemple, la ville de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) est pionnière : depuis 2010, elle alimente ses cantines avec une ferme municipale, permettant une alimentation 100% bio et locale. D’autres villes comme Lyon et Montreuil servent respectivement 100% et 70% de bio dans leurs crèches. Ces initiatives prouvent que la transition est réalisable, même à grande échelle. Pourtant, à l’échelle nationale, la moyenne reste très en dessous des objectifs, soulignant un décalage entre les discours et les actes au niveau central.
En mars 2026, le gouvernement a reconnu publiquement le retard de l’État dans l’application de la loi Egalim 1. Dans une lettre adressée aux ministres délégués, le Premier ministre **Sébastien Lecornu** a qualifié ce retard d’*«incompréhensible»* et a souligné qu’il *«heurte le monde agricole»*, qui dispose pourtant des capacités pour approvisionner les cantines en produits durables. Le gouvernement a annoncé des mesures pour renforcer les contrôles, comme l’examen systématique des appels d’offres alimentaires par la direction des achats de l’État. Cependant, les associations demandent des preuves tangibles de ces engagements, faute de quoi elles engageront des poursuites judiciaires.

