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Géopolitique

Le réalisme européen commence par l’exemplarité

Le Grand Continent · mis à jour 6 juil.

Pour définir sa puissance, l’Europe doit comprendre que sa force tient d'abord à la crédibilité de ses principes. L’article Le réalisme européen commence par l’exemplarité est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Diagnostic géopolitique

Luis Vassy, directeur de Sciences Po, souligne une lacune dans la pensée européenne actuelle : l'absence d'analyse des relations internationales dans leur dimension conflictuelle ou coopérative. Pour lui, les Européens doivent étudier les rapports de force, la puissance, la sécurité, la gouvernance et la coopération, plutôt que de se concentrer uniquement sur les autres sociétés. Cette réflexion s'inscrit dans un contexte où les conflits de haute intensité, comme la guerre en Ukraine, rappellent brutalement que l'Europe n'est plus à l'abri des violences géopolitiques. Vassy insiste sur la nécessité de repenser la puissance comme un outil de protection de la souveraineté et des choix démocratiques, et non comme une force oppressive. Il critique l'idée que l'Europe devrait renoncer à exercer sa puissance, soulignant que cela reviendrait à accepter que d'autres pays l'exercent à sa place.

Puissance et souveraineté

Vassy défend l'idée que la puissance n'est pas incompatible avec le respect des droits des peuples et du droit international. Pour lui, la puissance est la condition de la liberté : elle permet aux nations de défendre leur souveraineté et leurs intérêts sans subir la domination d'autrui. Il souligne que les Européens ont historiquement eu du mal à concevoir la puissance autrement que comme une force brutale ou oppressive, une vision qu'il juge réductrice. Cette approche est d'autant plus cruciale que le monde a changé depuis les années 1960 ou 1980, avec une multiplication des acteurs et une transformation des rapports de force. Cependant, Vassy reconnaît que les questions de compétition et de coopération restent centrales, même si elles se posent différemment aujourd'hui.

Colonialisme et héritage

L'article aborde la question de l'héritage colonial de l'Europe, un sujet souvent évité dans les débats sur la puissance. Il rappelle que les grandes découvertes et les colonisations ont été marquées par une violence extrême, incluant des massacres et des génocides, comme ceux des Amérindiens ou des Hereros. Reconnaître cette part d'ombre n'affaiblit pas l'Europe, mais au contraire la grandit, car cela permet une réflexion lucide sur le passé. L'auteur souligne que l'Europe ne peut défendre ses valeurs des Lumières sans intégrer pleinement cette histoire douloureuse. Ce processus de reconnaissance est présenté comme un impératif pour affronter l'avenir avec lucidité et cohérence.

Double standard occidental

L'article critique le double standard pratiqué par les démocraties occidentales, qui consiste à condamner les violations du droit international chez leurs rivaux (comme la Russie) tout en fermant les yeux sur les mêmes violations chez leurs alliés (comme Israël). Cette incohérence est présentée comme un problème majeur pour la crédibilité de l'Europe. Par exemple, les sanctions contre la Russie pour son invasion de l'Ukraine contrastent avec l'absence de mesures concrètes contre Israël pour son occupation de la Cisjordanie et ses opérations militaires à Gaza. L'auteur souligne que cette hypocrisie affaiblit la capacité de l'Europe à défendre ses valeurs et à lutter contre le terrorisme, car elle donne l'impression d'une application sélective des principes.

Realpolitik et droit international

Vassy évoque la realpolitik, souvent mal comprise comme une indifférence au droit international et aux droits humains. En réalité, la vraie realpolitik consiste à tenir compte des réalités pour les infléchir positivement, sans renoncer aux principes. L'auteur prend l'exemple de la détente entre les États-Unis et l'Union soviétique sous Nixon et Kissinger, qui a permis de ralentir la course aux armements malgré les critiques sur les droits humains. À l'inverse, des actions comme le coup d'État chilien de 1973 ou l'invasion du Venezuela en 2025 sont présentées comme des violations graves du droit international, incompatibles avec une realpolitik authentique. L'article souligne que les compromis sont nécessaires en diplomatie, mais que la compromission (comme soutenir des régimes odieux) est délétère.

Ce que ça pourrait changer

L'auteur plaide pour que l'Europe adopte une stratégie d'*exemplarité* pour défendre ses intérêts et renforcer sa crédibilité. Il explique que le reste du monde est plus exigeant envers l'Europe parce que celle-ci a elle-même revendiqué un rôle de champion des valeurs universelles, comme les droits de l'homme ou le respect du droit international. Cette exemplarité n'est pas une contrainte, mais une obligation liée à son statut. L'Europe doit donc être intransigeante sur le respect du droit international, même lorsque cela concerne des pays amis ou alliés. Par exemple, elle ne peut pas ignorer les crimes de guerre commis par Israël à Gaza tout en sanctionnant ceux de la Russie en Ukraine. Cette cohérence est présentée comme essentielle pour maintenir sa crédibilité et son influence sur la scène internationale.

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