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Philosophie

Qui parle – sur NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor et Qui vit encore de Nicolas Wadimoff

AOC Media · mis à jour il y a 3 j

Les uns ne savent rien de la machine qui les tue, les autres rien de celles et ceux qu’ils bombardent. Vus ensemble, NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor et Qui vit encore de Nicolas Wadimoff rassemblent les deux bords d’une même histoire.

Deux films complémentaires

Les films NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor, ainsi que Qui vit encore de Nicolas Wadimoff, abordent un même sujet depuis deux perspectives opposées mais complémentaires. NAZA donne la parole à 24 soldats et ingénieurs israéliens, souvent officiers de renseignements, qui décrivent leur expérience dans l'armée israélienne après les attaques du 7 octobre. Ces témoignages révèlent une prise de conscience progressive : ils ne participent pas à une guerre classique, mais à une opération où les victimes civiles sont calculées et acceptées, voire planifiées. Qui vit encore, quant à lui, suit le récit de neuf Palestiniens en exil au Caire, tous ayant fui Gaza au début de la riposte israélienne. Leur témoignage met en lumière les infrastructures ciblées (hôpitaux, écoles, centrales électriques) et la destruction systématique de leur environnement de vie. Ensemble, ces deux films offrent une vision complète d'un conflit où chaque côté ignore les réalités de l'autre.

NAZA : l'algorithme des dommages

NAZA est l'acronyme hébraïque de Nezek Agavi, qui signifie « dommages collatéraux ». Le film explore le rôle d'un algorithme utilisé par l'armée israélienne pour évaluer la part « acceptable » de victimes civiles lors des frappes. Les officiers interrogés, engagés après les massacres du 7 octobre, décrivent un sentiment de malaise croissant face à des opérations où la destruction est non seulement tolérée, mais calculée. Ils évoquent une machine bureaucratique et technologique qui transforme des vies humaines en données statistiques, justifiant ainsi des pertes civiles massives. Ce film interroge la frontière entre guerre et crime, en montrant comment des individus ordinaires deviennent les rouages d'un système qu'ils finissent par remettre en question. Le contexte temporel est crucial : les témoignages sont recueillis dans les semaines suivant le 7 octobre, une période où la violence s'intensifie et où les consciences commencent à s'éveiller.

Qui vit encore : mémoire de Gaza

Qui vit encore de Nicolas Wadimoff suit le parcours de neuf Palestiniens en exil au Caire, tous ayant réussi à fuir Gaza dans les premières semaines de la riposte israélienne. Ces personnes, âgées de 25 à 60 ans, occupaient des métiers variés : médecin, architecte, musicien, dessinatrice, journaliste, mère au foyer, influenceuse, écrivain ou entrepreneur. En quelques heures seulement, elles ont perdu leur maison, leur quartier, leur travail, leurs familles et leurs amis, laissant derrière elles des vies entières réduites en décombres. Le film se concentre sur la mémoire de leurs quartiers détruits, où chaque bâtiment, chaque rue, chaque souvenir est effacé par les bombardements. Les témoignages soulignent l'absurdité d'une violence qui cible des infrastructures essentielles à la survie, comme les hôpitaux, les écoles ou les centrales électriques. Le réalisateur a choisi de ne pas inclure d'enfants dans son documentaire pour éviter les critiques sur la représentativité des voix palestiniennes.

Ce que ça pourrait changer

Les deux films illustrent ce que l'auteur appelle une « nécropolitique », un concept qui désigne une politique de la mort où l'État ou une institution décide qui a le droit de vivre ou de mourir. Gaza est présentée comme un laboratoire de cette logique, où des algorithmes et des stratégies militaires transforment des vies humaines en variables calculables. D'un côté, les officiers israéliens décrivent un système où la mort civile est non seulement acceptée, mais intégrée dans des processus décisionnels. De l'autre, les Palestiniens en exil témoignent de la destruction systématique de leur environnement, où chaque aspect de la vie quotidienne est ciblé. Cette approche dépasse le cadre d'un conflit classique pour entrer dans une logique de domination et d'effacement, où la survie elle-même devient un privilège. Les deux films montrent ainsi comment cette nécropolitique dépasse les frontières de Gaza pour interroger les mécanismes de pouvoir à l'échelle mondiale.

Sujets complémentaires

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