Après les incendies de cet été, voici comment rendre les forêts françaises plus résistantes face au feu
Cela n’aura échappé à personne, les forêts des Landes sont particulièrement vulnérables aux incendies. Certains feux deviennent plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser.
La forêt des Landes de Gascogne est la plus grande forêt de plantation d'Europe, couvrant près de 800 000 hectares. Elle est principalement composée de pins maritimes, une espèce adaptée aux sols sableux et pauvres de la région, saturés en eau au printemps mais secs en été. Ces pins ont été massivement plantés au XIXe siècle après le drainage des marais, transformant ce territoire en une zone forestière très homogène. Ce modèle a généré d'importants revenus pour l'Aquitaine, mais a aussi créé des paysages uniformes, où les arbres sont souvent de même âge et de même taille en raison de plantations simultanées et de rotations fixes. Cette uniformité est un facteur de vulnérabilité face aux incendies.
Les incendies dans les Landes de Gascogne ne sont pas un phénomène récent : des charbons enfouis attestent leur présence dans la région depuis au moins 10 000 ans. Historiquement, ces feux jouaient un rôle bénéfique dans l'écosystème. Cependant, le réchauffement climatique d'origine humaine intensifie les sécheresses et favorise des incendies de haute intensité, appelés mégafeux. Ces derniers couvrent des surfaces anormalement grandes et dépassent souvent la capacité de résilience des écosystèmes. Leur dangerosité dépend de leur rapidité de propagation et de leur intensité, qui sont influencées par des caractéristiques spécifiques des forêts.
Quatre facteurs principaux rendent les forêts des Landes vulnérables aux incendies. D'abord, la densité des boisements : les plantations de pin maritime comptent initialement entre 1 100 et 1 400 arbres par hectare, créant des peuplements denses et homogènes propices à la propagation du feu. Ensuite, l'inflammabilité du pin maritime : ses aiguilles longues et sèches contiennent des composés inflammables qui facilitent leur combustion. Le troisième facteur est la biomasse morte, comme les aiguilles et débris végétaux au sol, qui devient très combustible en période sèche. Enfin, la continuité des combustibles est renforcée par l'homogénéité des peuplements, favorisant le passage d'un feu de surface (brûlant la végétation au sol) à un feu de cime (brûlant les houppiers des arbres), bien plus intense et difficile à maîtriser.
Contrairement aux forêts homogènes et denses des Landes, des peuplements irréguliers, mélangés et spatialement hétérogènes réduisent la continuité des combustibles. Ces forêts diversifiées limitent la propagation des flammes et créent des mosaïques paysagères qui ralentissent les incendies. Elles offrent aussi des milieux variés, combinant l'abri des résineux et les ressources des feuillus. La question n'est donc pas seulement de savoir combien de forêt brûle, mais comment le paysage est organisé avant l'incendie. Une forêt diversifiée est moins vulnérable qu'un paysage très uniforme.
Plusieurs évolutions peuvent être envisagées pour rendre les forêts des Landes plus résistantes aux incendies, lorsque cela est techniquement et économiquement faisable. Il s'agit notamment de diversifier les espèces d'arbres en associant le pin maritime à des feuillus moins inflammables comme le chêne tauzin ou le bouleau verruqueux. Une autre solution est de diversifier la structure et l'âge des peuplements pour créer des mosaïques plus hétérogènes. Maintenir un couvert forestier continu en limitant les coupes rases et en privilégiant les coupes sélectives permet aussi de préserver un microclimat plus humide et une régénération naturelle. Enfin, renforcer les zones d'appui de la DFCI (Défense des Forêts Contre l'Incendie) et gérer la biomasse inflammable sont des mesures complémentaires pour réduire les risques.
L'écoforesterie est une approche de gestion forestière qui intègre les conditions écologiques, les perturbations naturelles et la variabilité historique des écosystèmes. Elle se distingue des modèles sylvicoles intensifs, basés sur des peuplements de même âge et des rotations fixes avec coupe rase. L'écoforesterie vise à concilier production forestière, biodiversité et adaptation aux changements globaux. Par exemple, des mélanges de pins maritimes et de bouleaux se sont révélés plus résistants à la processionnaire du pin. Cette diversification peut aussi freiner la propagation du nématode du pin, un parasite ravageur. En Aquitaine, l'objectif n'est pas de remplacer les vastes pinèdes, mais de créer une mosaïque paysagère plus hétérogène, favorable à la biodiversité et à la résilience face aux incendies.
L'écoforesterie ne peut pas éliminer totalement les incendies, car plus de 97 % d'entre eux en France et en Europe sont causés par des activités humaines. Cette approche vise surtout à réduire la sévérité et la propagation des feux, et à renforcer la résilience post-incendie. Cependant, elle peut entraîner une baisse de la production de bois à court terme et augmenter les coûts de récolte. Les coupes sélectives prélèvent moins de bois que les coupes rases et nécessitent davantage de précautions, ce qui complexifie la mécanisation. Malgré ces défis, poursuivre la gestion actuelle actuelle entraînerait des baisses de revenus forestiers encore plus drastiques, sans compter les risques pour la sécurité des populations. L'écoforesterie nécessite aussi de renforcer la formation en écologie des futurs forestiers, comme le propose Bordeaux Sciences Agro en lien avec les acteurs locaux.

