"La Ligne Bleue" de Marie Dumora, filmer la mémoire des camps
A l'occasion de la sortie en salles de "La Ligne bleue" de Marie Dumora, entretien avec la cinéaste suivi d'un "Grand Angle" sur la longue histoire de la représentation de la mémoire des camps nazis au cinéma dans laquelle son film s'inscrit..
Le documentaire La Ligne bleue, réalisé par Marie Dumora, sort en salles en septembre 2026. Il se concentre sur le camp de concentration du Struthof, le seul construit sur le territoire français pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce film s’inscrit dans une longue tradition cinématographique qui aborde la mémoire des camps nazis, plus de 80 ans après leur découverte et 70 ans après le film Nuit et brouillard d’Alain Resnais. Contrairement à des œuvres comme Shoah de Claude Lanzmann, qui repose sur des témoignages directs, La Ligne bleue privilégie la parole et la transmission des personnes ayant vécu aux abords du camp, offrant ainsi une perspective complémentaire sur cette période historique.
Le camp du Struthof, situé en Alsace, a été le premier camp de concentration nazi construit en France occupée. Son histoire est souvent moins connue que celle d’autres camps comme Auschwitz ou Dachau. Le documentaire de Marie Dumora s’attache à recueillir les récits de ceux qui ont côtoyé le camp, qu’ils soient survivants, descendants ou témoins indirects. Ce travail s’inscrit dans un débat plus large sur la représentation de la mémoire des camps nazis au cinéma, un sujet qui a évolué depuis Nuit et brouillard (1956), premier film à aborder ce thème de manière systématique, jusqu’à des œuvres plus récentes comme Shoah (1985) ou À pas aveugles (2023).
Marie Dumora utilise une approche visuelle et sonore pour explorer la mémoire du Struthof. Son film mêle images d’archives, témoignages contemporains et paysages actuels du site, créant un dialogue entre le passé et le présent. Cette méthode permet de montrer comment les lieux de mémoire, comme le Struthof, sont aujourd’hui préservés et interprétés. Le film s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière dont le cinéma peut transmettre une mémoire collective, tout en évitant les pièges de la sensationalisation ou de la simplification historique. L’historienne Sylvie Lindeperg, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et du cinéma, souligne dans l’article l’importance de ces nouvelles approches pour maintenir vivante la mémoire des camps.
L’article consacre une partie à un entretien avec Sylvie Lindeperg, historienne et professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi qu’avec Charlotte Garson, rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma. Elles analysent la manière dont le cinéma a tenté de représenter l’indicible, depuis Nuit et brouillard jusqu’à des films plus récents. Ce débat met en lumière les défis éthiques et artistiques auxquels sont confrontés les réalisateurs, notamment la nécessité de respecter la dignité des victimes tout en rendant compte de l’horreur. Le film de Marie Dumora est présenté comme une contribution originale à ce dialogue, en mettant l’accent sur la transmission et la préservation des lieux de mémoire.
En marge de la présentation de *La Ligne bleue*, l’article propose d’autres recommandations culturelles. Le documentaire *La vie en relief* de Denis Gaubert permet de découvrir des photos stéréoscopiques de Jacques-Henri Lartigue en version 3D, tandis que le film *Les Autres* d’Alejandro Amenábar ressort en version restaurée. Enfin, le livre *No pogrom last night* de Yolande Zauberman est cité comme une lecture pertinente. Ces suggestions reflètent une volonté de diversifier les supports pour aborder des thèmes historiques ou sociaux, tout en offrant des perspectives variées sur la mémoire et l’histoire.

