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Géopolitique

En France, le RN mène une “guerre culturelle” à l’échelle municipale

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

Au début de juin, le maire de Castres a annoncé déprogrammer la pièce “Passeport” d’Alexis Michalik, qui traite des enjeux de l’immigration. Pour le quotidien berlinois “Tageszeitung”, cette décision politique symbolique illustre la “guerre culturelle” menée par les élus locaux du Rassemblement national..

Guerre culturelle municipale

Depuis les élections municipales de mars 2026, quatre-vingts villes françaises de plus de 10 000 habitants sont dirigées par des élus du Rassemblement national (RN), un parti d’extrême droite. Ces municipalités utilisent leur pouvoir sur la programmation culturelle pour mener une guerre culturelle, c’est-à-dire une stratégie visant à imposer une vision particulière de la société, notamment en censurant des œuvres artistiques jugées contraires à leurs valeurs. En France, contrairement à l’Allemagne, les maires et conseils municipaux ont une grande autonomie pour décider des spectacles subventionnés ou programmés dans les théâtres publics. Cette approche s’inscrit dans une volonté de contrôler les débats publics et de promouvoir une ligne politique conservatrice et restrictive sur des sujets comme l’immigration.

Déprogrammation de Passeport

Le 6 juin 2026, Florian Azéma, nouveau maire RN de Castres (Tarn), a annulé la programmation de la pièce Passeport d’Alexis Michalik, un dramaturge français à succès. La pièce aborde le thème de l’immigration à travers l’histoire d’un réfugié érythréen, Issa, qui tente d’obtenir un titre de séjour en France. Le maire a justifié cette décision par l’absence de contrat écrit, bien que la pièce figurait dans la brochure officielle de la saison culturelle 2026-2027. Alexis Michalik a contesté cette version, soulignant que les représentations étaient planifiées et validées. Cette annulation a été saluée par une partie des sympathisants du RN, comme Philippe Olivier, beau-frère et conseiller de Marine Le Pen, qui a publié un message de soutien sur le réseau social X (ex-Twitter).

Contexte politique du RN

Le Rassemblement national (RN) mène une stratégie de dédiabolisation depuis plusieurs années, visant à adoucir son image et à se présenter comme un parti normal et responsable. Cependant, des décisions comme celle de Castres révèlent des tensions internes. Certains membres du parti, comme Olivier Meiler, estiment que ces polémiques risquent de nuire à cette stratégie. Marine Le Pen, figure centrale du RN, a été condamnée en justice en 2026 mais reste éligible, ce qui complexifie encore la gestion de l’image du parti. Le RN cherche ainsi à concilier une ligne dure sur certains sujets (comme l’immigration) avec une volonté de respectabilité politique, tout en mobilisant sa base militante.

Censure et réactions artistiques

La pièce Passeport a déjà été annulée sept fois sur cinquante dates de tournée avant les élections municipales de 2026, sous prétexte qu’elle risquait de provoquer une polémique inutile ou d’instrumentaliser le sujet de l’immigration. Cette justification rappelle celle utilisée pour interdire d’autres œuvres, comme Les Suppliantes d’Eschyle, la plus ancienne tragédie grecque connue. Alexis Michalik a alerté sur le risque que d’autres artistes subissent le même sort, soulignant que la liberté de création artistique est directement menacée par ces décisions politiques. La pièce a finalement été reprogrammée dans une ville voisine du Tarn, près d’Albi, pour janvier 2027, après avoir trouvé un nouveau théâtre d’accueil.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs médias européens ont réagi à cette affaire. Le quotidien allemand *Tageszeitung* (TAZ) a analysé cette décision comme un symbole de la *guerre culturelle* menée par le RN au niveau local. La *Süddeutsche Zeitung*, autre grand journal allemand, a souligné que cette annulation avait été largement applaudie au sein du RN, malgré les risques pour la stratégie de dédiabolisation du parti. De son côté, la radio allemande *Deutschlandfunk Kultur* a rapporté que la pièce avait trouvé refuge dans une autre ville, illustrant la résistance des milieux culturels face à ces censures. Ces réactions montrent comment cette affaire dépasse les frontières françaises et suscite des débats en Europe sur la liberté artistique et la montée des extrêmes droites.

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