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Culture

Les pendus du Niolu, une histoire au cœur de la Corse 2/2 : Pour que vive la mémoire

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 26 j

Dans les années 1970, la mémoire des pendus du Niolu dépasse les frontières de la vallée. Des poètes, des chanteurs et des metteurs en scène corses s’emparent de cette tragédie pour faire de ces onze hommes, des martyrs de la liberté..

Mémoire orale initiale

Pendant près de deux siècles, l’histoire des onze hommes pendus dans la vallée du Niolu en Corse s’est transmise uniquement par la tradition orale. Les habitants perpétuaient ce souvenir lors des veillées, en récitant des poèmes funèbres appelés lamentu. Ces chants, spécifiques à la culture corse, permettaient de maintenir vivant le souvenir des victimes de la répression française. Certains Corses évitaient même de passer près des châtaigniers ayant servi de potences, tant cette mémoire était douloureuse. Cette transmission orale, bien que précieuse, restait limitée aux cercles locaux et ne dépassait pas les frontières de la vallée.

Réappropriation des années 1970

Dans les années 1970, le mouvement du Riacquistu (qui signifie « réappropriation » en corse) a permis à cette mémoire de refaire surface à l’échelle de toute l’île. Ce mouvement, né avec le retour des Corses sur leur territoire et la volonté de réactiver leur langue et leur histoire, coïncide avec la renaissance du nationalisme corse. Il s’agit d’une période de forte mobilisation pour la reconnaissance de l’identité corse face à l’État français. Les artistes, poètes, chanteurs et metteurs en scène corses ont alors joué un rôle clé en transformant cette tragédie locale en symbole universel de résistance.

Symbolique des pendus

À partir de 1974, les pendus du Niolu deviennent des figures emblématiques, incarnant à la fois la résistance corse et la répression violente subie lors de la conquête française de l’île au XVIIIe siècle. Leur histoire est reprise dans des poèmes, des chansons et des pièces de théâtre, comme A rimigna de Saveriu Valentini (1974), qui ravivent la mémoire collective. Ces œuvres artistiques ont permis de donner une portée universelle à cet événement, bien que la majorité des Corses en ignoraient l’existence avant cette période. Les pendus sont désormais perçus comme des martyrs de la liberté.

Rôle des artistes

Plusieurs artistes corses ont marqué cette réappropriation mémorielle. Parmi eux, le groupe A Filetta, avec sa chanson A paghjella di l'Impiccati, ou encore la comédienne et metteuse en scène Océane Court-Mallaroni, ont contribué à ancrer cette histoire dans la culture populaire. Jean-Claude Acquaviva, chanteur d’A Filetta, et Jean-Luc Luciani, professeur de philosophie, sont également cités pour leur engagement dans la transmission de cette mémoire. Ces artistes ont utilisé leur talent pour transformer un drame local en récit collectif, accessible à tous.

Transmission aux nouvelles générations

Au début du XXIe siècle, une nouvelle génération d’artistes continue de raconter l’histoire des pendus du Niolu, lui donnant une dimension encore plus universelle. Cette transmission s’inscrit dans une dynamique plus large de préservation du patrimoine culturel corse, tout en l’adaptant aux enjeux contemporains. Les œuvres récentes, comme celles de Lucrèce Luciani avec La ballade du pendu du Niolu, montrent que cette mémoire reste vivante et évolutive, loin d’être figée dans le passé.

Contexte historique et politique

L’histoire des pendus du Niolu s’inscrit dans un contexte plus large de résistance corse face à la domination française. En 1769, après la bataille de Ponte Novu, la Corse est rattachée à la France, marquant la fin de son indépendance. Les pendaisons de 1774, qui suivent un procès expéditif, illustrent la répression exercée par les autorités françaises contre les indépendantistes. Ces événements sont souvent cités comme des symboles de la lutte pour la liberté, notamment par le mouvement nationaliste corse, qui s’est structuré à partir des années 1970.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs ouvrages et archives documentent cette histoire, comme *Le procès des Niolins 1774* de François Flori (1975) ou *1769-1789 : vingt ans de résistance en Corse* de Jean-Pierre Poli. Le documentaire de Sébastien Geronimi, réalisé par Gaël Gillon, s’appuie sur ces sources pour offrir une narration accessible. Il inclut également des extraits de la pièce *A rimigna* (1974) et des enregistrements musicaux comme *A paghjella di l'Impiccati* par *A Filetta*. Ces ressources permettent de comprendre l’importance de cette mémoire dans l’histoire et la culture corses.

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