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Avoir raison avec... Frida Kahlo 2/3 : 75 autoportraits et une identité hybride

France Culture - Savoirs· 20 août 2026
Avoir raison avec... Frida Kahlo 2/3 : 75 autoportraits et une identité hybride

Si l'exploration inlassable de sa propre image lui permet d'évoquer des souvenirs d'enfance et des drames intimes, de revendiquer le métissage dont elle est issue et de questionner les codes de genre, quelle vision de l'identité Frida Kahlo esquisse-t-elle d'autoportrait en autoportrait ?

Résumé

1

Frida Kahlo et l'autoportrait

Frida Kahlo, artiste mexicaine emblématique du XXe siècle, a réalisé 75 autoportraits au cours de sa carrière, ce qui représente près de la moitié de son œuvre totale.

Elle expliquait elle-même cette prédilection par une phrase souvent citée : « Je me peins parce que je suis très souvent seule, parce que le sujet que je connais le mieux, c’est moi-même ».

Pour l’historienne de l’art Elvan Zabunyan, ces autoportraits ne sont pas seulement le reflet d’une solitude, mais aussi une exploration constante de son identité, de ses origines et de ses émotions.

Contrairement à une idée reçue, ces œuvres ne se limitent pas à un simple exercice de représentation de soi : elles servent de support à une réflexion plus large sur des thèmes universels comme le métissage, le genre et la résilience.

2

Influence du père photographe

Frida Kahlo a probablement puisé son inspiration pour les autoportraits dans l’œuvre de son père, Carl Wilhelm Kahlo, un photographe austro-hongrois installé au Mexique.

Ce dernier pratiquait lui-même l’autoportrait, une technique où le sujet se prend en photo face à l’objectif.

Selon Elvan Zabunyan, cette pratique a marqué Frida Kahlo, qui a transposé cette approche en peinture.

Dans ses autoportraits, son regard fixe et sérieux contraste avec les décors souvent mouvants et symboliques qui l’entourent.

Cette influence photographique se manifeste par une composition qui semble parfois poser pour un objectif, soulignant ainsi l’importance du cadrage et de la mise en scène dans son travail.

3

Les Deux Fridas : métissage et dualité

En 1939, Frida Kahlo peint Les Deux Fridas, une œuvre réalisée pendant son divorce avec Diego Rivera.

Ce tableau représente deux versions d’elle-même, assises en miroir, se tenant la main malgré la présence de deux cœurs sanguinolents visibles à l’extérieur de leurs corps.

Pour Elvan Zabunyan, cette toile évoque ses origines métisses : sa mère était mexicaine et son père austro-hongrois.

Les cœurs exposés rappellent aussi les planches d’anatomie que Frida Kahlo a pu étudier, où elle représentait des parties de son corps transformées en motifs floraux.

Pourtant, malgré la violence apparente de l’image, aucune expression de douleur n’y transparaît, ce qui souligne pour l’historienne une forme de puissance de soi et d’agentivité, c’est-à-dire la capacité à agir et à se définir soi-même.

4

Autoportrait aux cheveux coupés : genre et transformation

En 1940, Frida Kahlo réalise Autoportrait aux cheveux coupés, une œuvre où elle se représente vêtue d’un costume masculin, les cheveux courts, ses anciennes mèches éparpillées autour d’elle.

Ce tableau interroge les normes de genre et la question de l’identité en mutation.

Pour Elvan Zabunyan, cette toile illustre la manière dont Frida Kahlo joue avec les codes sociaux et culturels de son époque.

Elle y explore des questions universelles, comme la perte de soi lors d’un changement radical ou la reconstruction de son identité après une épreuve, en l’occurrence son divorce.

Cette œuvre s’inscrit dans une démarche plus large de remise en question des stéréotypes de genre, bien avant que ces sujets ne deviennent des enjeux sociétaux majeurs.

5

L'autoportrait comme outil de résilience

Pour Frida Kahlo, l’autoportrait n’est pas seulement un moyen de se représenter, mais aussi un outil de résilience face aux épreuves de la vie.

Ses œuvres, souvent marquées par des drames personnels comme un grave accident dans sa jeunesse ou des problèmes de santé chroniques, deviennent des exutoires.

En se peignant, elle transforme sa douleur en une œuvre d’art, tout en revendiquant une identité hybride, à la fois mexicaine et européenne, féminine et masculine.

Selon Elvan Zabunyan, cette pratique lui permet de s’asseoir une puissance de soi, c’est-à-dire de reprendre le contrôle sur son image et son destin, malgré les souffrances physiques et émotionnelles qu’elle endure.

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