Ni femmes, ni profils «exotiques»: une jeune pousse française utilisait l’IA pour discriminer
Plus que pro, qui vend des services aux entrepreneurs en bâtiment, a recruté de nombreux commerciaux de cette manière..
La société française Plus que pro, spécialisée dans le référencement d’entreprises artisanales, est accusée d’avoir utilisé un logiciel de recrutement basé sur l’intelligence artificielle (IA) pour écarter des candidats en fonction de critères discriminatoires. Selon trois anciens salariés interrogés par l’Agence France-Presse (AFP), l’entreprise aurait systématiquement rejeté les femmes, les personnes âgées de moins de 27 ans ou de plus de 55 ans, ainsi que les profils dont le nom de famille semblait d’origine africaine. Ces pratiques, qui contreviennent au droit du travail et au code pénal français, auraient été mises en place fin 2024 pour recruter des commerciaux franchisés. La société dément ces accusations, attribuant la responsabilité à un ancien collaborateur licencié, et affirme que l’outil incriminé n’a jamais été utilisé.
Le logiciel de recrutement de Plus que pro a analysé 740 000 CV de commerciaux issus de plateformes comme Hellowork au printemps 2025. Grâce à l’IA, notamment via ChatGPT, ce nombre a été réduit à 130 000 en cinq jours, en appliquant des filtres discriminatoires. Les critères incluaient l’âge (exclusion des moins de 27 ans et des plus de 55 ans), le sexe (les femmes étaient marquées comme Exception) et l’origine ethnique (les noms perçus comme africains étaient écartés). Les motifs de rejet étaient indiqués pour chaque candidat, comme Hors cible — trop jeune ou Trop âgé. L’entreprise justifiait ces choix par des stéréotypes sur le secteur de l’artisanat, où les dirigeants estimaient que les femmes ou les profils exotiques ne pourraient pas s’adapter à des conditions de travail difficiles.
Les anciens salariés de Plus que pro ont témoigné sous anonymat par crainte de représailles. L’un d’eux a signalé ces pratiques à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), l’autorité française chargée de protéger les données personnelles, ainsi qu’au Défenseur des droits. Un autre a qualifié ces méthodes d’immorales et a décidé de se présenter comme lanceur d’alerte. La CNIL, contactée par l’AFP, n’a pas pu confirmer l’existence d’une enquête en cours. Du côté de Plus que pro, la direction a reconnu l’existence d’une version du logiciel contenant des critères discriminatoires, mais affirme qu’elle n’a jamais été utilisée et que son auteur, un ancien collaborateur, a été licencié. Une experte en droit, Marie Peyronnet, a souligné que concevoir un algorithme discriminatoire exposait l’entreprise à des responsabilités civile et pénale, en violation du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et du Règlement européen sur l’IA.
Les pratiques de *Plus que pro* s’inscrivaient dans un secteur, celui de l’artisanat, où les dirigeants craignaient des difficultés à recruter des commerciaux en raison de conditions de travail exigeantes (déplacements fréquents, horaires prolongés). Selon les témoignages, la direction estimait que les femmes ou les profils perçus comme *exotiques* ne pourraient pas s’adapter à ces contraintes. Un ancien salarié a expliqué avoir accepté ces consignes par nécessité financière, malgré son désaccord moral. Une ancienne employée a précisé que l’IA avait simplement automatisé un tri manuel déjà discriminatoire au sein de l’entreprise. La société a toujours nié avoir encouragé ces pratiques, les attribuant à une initiative isolée d’un ancien employé.

