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Quand l’éducation s’inspire des hôpitaux universitaires

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 3 h

Un projet de résidence en éducation, inspiré des hôpitaux-universitaires, voit le jour au Québec..

Inspiration médicale

L’Université de Montréal (UdeM) s’inspire du modèle des hôpitaux universitaires pour transformer la formation des enseignants. Comme les futurs médecins effectuent leur résidence dans des hôpitaux après leurs études, l’UdeM souhaite que les étudiants en enseignement effectuent une année de résidence dans des écoles, appelée écoles associées ou écoles résidences. Ce modèle, inspiré des Professional Development Schools (PDS) américaines, vise à rapprocher la théorie et la pratique. Contrairement aux stages classiques où les cours universitaires et les stages sont séparés, ici, ils se déroulent simultanément. Par exemple, un étudiant peut apprendre une nouvelle méthode d’enseignement le matin et l’appliquer en classe l’après-midi, avec un retour immédiat avec un professeur de l’UdeM. Ce projet a été lancé il y a trois ans à l’école Vanguard de Montréal et s’étend désormais à quatre écoles du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) dans le quartier Côte-des-Neiges.

Coenseignement innovant

Le modèle de résidence repose sur le coenseignement, où un étudiant en résidence (appelé résident) travaille aux côtés d’un enseignant expérimenté dès le début de l’année scolaire. Par exemple, Béatrice Liverge, résidente, collabore avec Martine Jalette, une enseignante chevronnée de 17 ans d’expérience, pour aider les élèves, notamment ceux en difficulté. Le résident peut ainsi tester des méthodes pédagogiques innovantes, comme les maths en trois temps (une technique qui stimule la curiosité avant un calcul), et recevoir un feedback immédiat. Ce système bénéficie à tous : les élèves bénéficient d’un soutien supplémentaire, les enseignants peuvent adopter de nouvelles pratiques, et les résidents acquièrent une expérience concrète. L’école Vanguard, spécialisée dans les difficultés d’apprentissage, a été choisie pour son expertise en adaptation scolaire, car 25 % des élèves québécois ont des besoins particuliers.

Collaboration école-université

Le projet repose sur une collaboration étroite entre l’UdeM et les écoles. Les enseignants, comme Robert David, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation, interviennent directement dans les classes pour encadrer les résidents. De leur côté, les écoles signalent rapidement les pratiques inefficaces ou les besoins spécifiques aux universités, qui adaptent leurs programmes en conséquence. Par exemple, si une méthode d’enseignement ne fonctionne pas, l’UdeM peut la modifier dès la session suivante. Ce modèle, inspiré des PDS américaines, a permis à une école défavorisée en Pennsylvanie de réduire de 10 % le taux d’abandon des enseignants grâce à un partenariat avec l’Université Kutztown. En mai 2025, un forum organisé par l’UdeM a réuni plus de 100 acteurs du milieu éducatif québécois, canadien et international pour discuter de ces partenariats.

Financement et enjeux

Le projet est financé par des fonds privés, notamment 5 millions de dollars de la Fondation Famille Michel Fournelle et 2 millions du chancelier de l’UdeM, Frantz Saintellemy. L’objectif est de cibler en priorité les milieux défavorisés, comme les écoles de Côte-des-Neiges, où la pauvreté et les difficultés d’apprentissage sont plus marquées. Cependant, le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) n’est pas encore impliqué dans le projet. Certains syndicats, comme l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), expriment des inquiétudes : charge de travail accrue pour les enseignants, manque de transparence dans la transmission d’informations, et craintes liées à l’influence de fonds privés dans le réseau public. L’APPM souligne aussi que le projet pourrait être précipité et manque de données sur son impact réel.

Reconnaissance internationale

Le modèle québécois attire l’attention à l’international. L’UNESCO y voit une solution potentielle pour atténuer la pénurie mondiale de 44 millions d’enseignants, un problème particulièrement aigu en France. En mai 2025, une délégation incluant un représentant de l’UNESCO a visité l’école Vanguard pour étudier ce modèle. Davide Ruscelli, coordonnateur d’un groupe de l’UNESCO, a souligné que ce partenariat entre universités et écoles pourrait inspirer des transformations similaires ailleurs dans le monde. En effet, ce modèle permet aux étudiants d’acquérir une introduction concrète à la profession enseignante et d’accéder à un mentorat de qualité, réduisant ainsi les taux d’abandon dans la profession.

Ce que ça pourrait changer

L’UdeM souhaite que les années de résidence soient rémunérées, comme c’est le cas pour les médecins en stage. Cela nécessiterait de renégocier les conventions collectives avec les syndicats d’enseignants. Plusieurs partis politiques québécois (Parti québécois, Parti libéral, Québec solidaire) se sont dits favorables à cette idée lors des dernières élections. Les syndicats, comme la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN), soutiennent majoritairement cette proposition. Cependant, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) n’a pas encore pris position. Les négociations pourraient débuter à l’hiver 2027, après le dépôt des propositions syndicales à l’automne 2025. Une résidence rémunérée permettrait d’attirer plus d’étudiants vers la profession et de réduire la pénurie d’enseignants, notamment dans les milieux difficiles.

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