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Géopolitique

Les vagues de chaleur, un risque majeur pour l’industrie lourde européenne

Courrier International · mis à jour 7 juil.

Dès 2030, les fortes températures menaceront gravement l’activité de 80 % des grands sites industriels européens de l’acier, du raffinage, du verre, du ciment et de l’ammoniac, selon l’étude réalisée par le consultant Sia Partners sur 365 usines..

Industrie lourde en danger

L’industrie lourde européenne, qui regroupe des secteurs comme l’acier, le raffinage, le verre, le ciment et la production d’ammoniac, est confrontée à un défi majeur : s’adapter aux conséquences physiques du changement climatique. Selon une étude récente du cabinet de consultants Sia Partners, publiée en 2026 et relayée par le quotidien belge L’Echo, ces industries n’ont pas encore suffisamment intégré ces risques dans leurs stratégies, alors que la décarbonation reste leur priorité. Parmi les 365 sites industriels analysés dans 29 grands groupes européens, 80 % pourraient être menacés par des vagues de chaleur d’ici 2030, et 95 % d’ici 2050. Ces risques physiques incluent également le stress hydrique, les inondations fluviales et la montée du niveau de la mer, qui perturbent les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures énergétiques.

Vagues de chaleur dominantes

Parmi les quatre risques climatiques étudiés, les vagues de chaleur se révèlent être le danger le plus pressant pour l’industrie lourde. D’ici 2030, 292 sites (soit 80 % de l’échantillon) pourraient être affectés par des températures extrêmes, et ce chiffre pourrait atteindre 347 sites (95 %) en 2050. Ces vagues de chaleur n’impactent pas uniquement la santé des travailleurs ou les conditions de travail, mais aussi l’efficacité des procédés industriels, les besoins en refroidissement des machines et la disponibilité énergétique. Par exemple, des températures élevées peuvent réduire la productivité des usines ou nécessiter des arrêts temporaires pour protéger les équipements. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui aggrave ce phénomène.

Autres risques climatiques

Outre les vagues de chaleur, trois autres risques climatiques menacent l’industrie lourde en Europe. Les inondations fluviales arrivent en deuxième position en raison des dommages qu’elles causent aux sites de production, aux infrastructures de transport (routes, voies ferrées) et aux réseaux énergétiques. Les stress hydriques, c’est-à-dire les pénuries d’eau, perturbent les processus industriels qui nécessitent de grandes quantités d’eau, comme le refroidissement des installations ou la fabrication de certains matériaux. Enfin, la montée du niveau de la mer expose les zones portuaires, comme Anvers en Belgique, à des risques accrus d’inondations et d’érosion côtière. Ces quatre risques sont évalués à partir des scénarios du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui modélise les impacts futurs du changement climatique.

Zones industrielles vulnérables

Certaines régions européennes sont particulièrement exposées aux risques climatiques en raison de leur concentration d’industries lourdes et de leur géographie. En Belgique, les pôles industriels d’Anvers, Gand, Liège et Charleroi, ainsi que les zones portuaires, sont particulièrement vulnérables. Ces zones subissent simultanément des vagues de chaleur, des inondations fluviales, des stress hydriques et, pour les ports, la montée du niveau de la mer. Par exemple, le port d’Anvers, photographié en avril 2026, est cité comme un site à haut risque. Selon Jean Trzcinski, associé directeur de Sia Belgique, ces vulnérabilités obligent les industriels à repenser leurs stratégies pour éviter des perturbations croissantes de leur production.

Ce que ça pourrait changer

Les experts soulignent l’urgence pour les industriels de prendre en compte les risques climatiques dans leurs stratégies à long terme. Jusqu’à présent, ces enjeux étaient souvent relégués au second plan, car les impacts concrets sur la production n’étaient pas immédiats. Cependant, avec l’aggravation des phénomènes climatiques, les perturbations deviennent plus fréquentes et plus coûteuses. Les industriels commencent à s’intéresser davantage à ces questions lorsque leur activité est directement touchée, comme ce fut le cas lors de la baisse du niveau du Rhin ces dernières années. Selon Jean Trzcinski, cette prise de conscience doit s’accélérer pour éviter des conséquences économiques majeures. En 2025, année la plus chaude jamais enregistrée en Europe avec 95 % du territoire continental confronté à des températures supérieures à la moyenne 1991-2020, l’urgence est encore plus criante.

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