Incendies en Algérie : le “y a qu’à, faut qu’on” est devenu “une méthode de gouvernement”
Le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé, ce 30 août, vouloir rétablir la peine de mort contre les “pyromanes”, qu’il tient pour responsables des incendies survenus dans l’est de l’Algérie. Pour le média algérien indépendant “Twala”, cette réponse politique et judiciaire pourrait surtout servir à occulter les manquements dans la prévention et la gestion des incendies..
Le 30 août 2026, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé une série de mesures fortes pour répondre aux incendies ravageant l’est de l’Algérie. Parmi elles, la volonté de rétablir la peine de mort contre les pyromanes, considérés comme responsables des départs de feu. Il a également promis l’indemnisation intégrale des sinistrés, le rétablissement des services essentiels (eau, gaz, électricité, télécommunications) en une semaine, et un retour rapide à la normale dans les zones touchées. Ces annonces visent à montrer une action ferme et rapide, mais elles interviennent avant même que les causes exactes des incendies ne soient établies. Le terme pyromane désigne une personne qui met volontairement le feu à des biens ou à des espaces naturels. La peine de mort, abolie en Algérie en 2020, n’est plus appliquée depuis cette date, mais le président souhaite la rétablir spécifiquement pour ce type de crime.
L’article souligne que désigner un incendiaire comme unique responsable des feux permet à l’État de simplifier une crise complexe. En ciblant un coupable, les autorités évitent d’analyser les causes profondes des incendies, comme l’état des réseaux électriques, l’entretien des forêts, la disponibilité des moyens de lutte contre le feu, ou les retards dans l’intervention des secours. Par exemple, les lignes électriques endommagées, les pistes forestières mal entretenues ou les réserves d’eau insuffisantes ne sont pas évoquées dans les premières réponses politiques. Cette approche réduit la catastrophe à un acte criminel isolé, occultant ainsi les responsabilités institutionnelles. Une enquête sérieuse serait nécessaire pour distinguer les départs de feu volontaires des accidents, des négligences ou des conditions climatiques extrêmes, comme la sécheresse.
Les mesures annoncées par le président, comme la modification du Code pénal ou l’indemnisation des victimes, sont présentées comme des solutions immédiates et radicales. Cependant, elles relèvent davantage d’un effet d’annonce que d’une stratégie durable. Par exemple, rétablir l’électricité ou l’eau en une semaine est une promesse difficile à tenir dans des zones rurales isolées, où les infrastructures peuvent être gravement endommagées. De même, l’indemnisation intégrale des sinistrés est une nécessité, mais elle ne devrait pas dépendre d’une décision présidentielle pour être mise en œuvre. Ces annonces donnent l’illusion d’une action efficace, alors qu’elles masquent souvent l’absence de préparation en amont des catastrophes.
L’article critique le fait que les administrations algériennes semblent attendre des instructions présidentielles pour agir, même dans des situations d’urgence. Dans un État fonctionnel, des services comme la compagnie d’électricité (SONELGAZ), les collectivités locales ou les services sociaux devraient déjà disposer de plans d’urgence et de procédures pour gérer les catastrophes. Or, ici, le président doit rappeler à chaque administration son rôle, comme si ces structures ne pouvaient pas fonctionner de manière autonome. Cette dépendance révèle un dysfonctionnement structurel, où l’autorité centrale est perçue comme le seul levier d’action, au détriment de l’efficacité et de la réactivité des institutions locales.
L’expression y a qu’à, faut qu’on est une formule populaire en Algérie qui désigne une réponse simpliste et souvent inefficace à un problème. Dans cet article, elle est présentée comme une méthode de gouvernement, car les solutions proposées par l’État se résument à des injonctions sans fondement concret. Par exemple, modifier une loi pour rétablir la peine de mort ou promettre des indemnisations sans mécanisme clair ne résout pas les problèmes de fond, comme la prévention des incendies ou la gestion des secours. Cette approche donne l’impression que le problème est traité, alors qu’elle ne fait que reporter les vraies solutions, comme l’entretien des forêts, la modernisation des infrastructures ou la formation des pompiers.
L’article est signé par Twala, un média algérien indépendant créé en 2020 par des journalistes expérimentés. Ce site se présente comme un acteur du journalisme d’investigation, axé sur les faits, la rigueur et l’enquête. Son nom fait référence à un proverbe algérien signifiant que la vérité émerge souvent des témoignages des rescapés. Dans ce contexte, Twala joue un rôle clé en analysant les lacunes de la réponse gouvernementale et en soulignant l’absence de transparence sur les causes réelles des incendies. Le média met en lumière le contraste entre les annonces politiques et les réalités terrain, comme l’attente des secours par les populations locales ou l’état des réseaux électriques.
Les incendies évoqués dans l’article ont touché l’est de l’Algérie, notamment la province de Jijel, où des villages ont été encerclés par les flammes et des familles contraintes de fuir. Les feux ont causé des pertes humaines, coupé des réseaux essentiels et détruit des habitations. Le bilan humain et matériel reste lourd, bien que les chiffres exacts ne soient pas précisés dans l’article. Ces incendies surviennent dans un contexte de sécheresse et de canicule, aggravé par des conditions climatiques extrêmes. Ils illustrent un phénomène plus large en Algérie, où les feux de forêt deviennent récurrents en raison du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes.

