Au bord d’une rivière, une jeunesse sublimée par Caleb Stein
Depuis une douzaine d’années, le Britannique Caleb Stein, 32 ans, photographie les jeunes de Poughkeepsie, dans l’État de New York, sur les bords de l’Hudson. Sa série est devenue un livre, “Down by the Hudson”, salué par la presse anglo-saxonne..
En 2013, le photographe britannique Caleb Stein, alors âgé de 22 ans, s’installe à Poughkeepsie, une petite ville de 30 000 habitants située à une heure et demie au nord de New York, pour y suivre ses études au Vassar College. C’est lors de cette période qu’il découvre The Watering Hole, un site de baignade caché derrière un drive-in, en bordure de la rivière Hudson. Ce lieu, qu’il décrit comme un « coin de paradis », devient rapidement un espace de détente pour les habitants de tous horizons. Stein y revient chaque été pendant une douzaine d’années, développant une série photographique intitulée Down by the Hudson, publiée en 2026 sous forme de livre par Palo Press. Ce projet, salué par la presse anglo-saxonne, explore la jeunesse et les dynamiques sociales à travers des portraits spontanés et intimes.
Poughkeepsie, ville industrielle prospère grâce à la présence d’IBM jusqu’au début des années 1990, a subi une désindustrialisation brutale qui a marqué son économie et son paysage social. Malgré ce déclin postindustriel, The Watering Hole incarne un lieu de résistance et de renouveau, où se mêlent des jeunes aux profils variés : partisans du mouvement Maga (mouvement politique américain conservateur), sans-papiers sous la menace de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, l’agence fédérale américaine chargée de l’immigration), ou encore des groupes de jeunes filles et de jeunes hommes aux identités fluides. Stein y voit un espace de liberté et de rencontre, loin des tensions sociales environnantes.
Caleb Stein définit son travail comme le fruit d’un échange constant avec ses sujets. Ses photographies, souvent en noir et blanc, cherchent à capturer une « vulnérabilité radicale » et une poésie intrinsèque, où l’eau de la rivière devient une « peau » que les jeunes corps revêtent dans une chorégraphie fluide. Stein explique que ses images « échappent » parfois à son contrôle pour prendre une vie propre, comme s’il transcrivait une mémoire collective. Son style s’inspire de l’idéal américain romantisé par des artistes comme Norman Rockwell ou Grant Wood, tout en évitant les clichés du déclin industriel. Il insiste sur l’importance de travailler « avec son cœur » et de comprendre l’histoire de la photographie, notamment grâce à son expérience auprès du photographe Bruce Gilden, membre de l’agence Magnum.
Les images de Stein alternent entre portraits individuels et scènes de groupe, reflétant la diversité des personnes qui fréquentent The Watering Hole. Certains de ses sujets sont devenus des amis proches au fil des ans, tandis que d’autres n’y sont apparus qu’éphémèrement. Chaque photo est le résultat d’un dialogue préalable, où le photographe prend le temps d’échanger avec les jeunes pour nourrir son regard. Les portraits sont décrits comme spontanés, androgynes et empreints de délicatesse, d’empathie et de tendresse. Stein compare son travail à un « journal intime », où l’observateur et l’observé ne font plus qu’un, capturant des instants de grâce où le stress de la vie quotidienne s’efface.
Dans Down by the Hudson, l’eau de la rivière Hudson n’est pas un simple décor, mais un acteur central. Elle symbolise à la fois un refuge, une purification et un espace de liberté où les jeunes peuvent se libérer du poids de leur quotidien. Stein y voit aussi une métaphore de la jeunesse, marquée par le jeu, l’intimité et la vulnérabilité. Ses photographies, souvent en noir et blanc, évoquent la mémoire et la création de mythes, comme si chaque image racontait une histoire universelle. Le photographe cite l’écrivain martiniquais Édouard Glissant pour résumer sa démarche : « Je change, par échange avec l’autre, sans me perdre ni me dénaturer », soulignant l’importance de l’échange et de l’authenticité dans son travail.
Le livre *Down by the Hudson*, couvrant la période 2013-2025, a été salué par la presse anglo-saxonne pour son approche sensible et sociologique. Stein a également exposé son travail lors de la 29e édition de Paris Photo, un salon international de la photographie, du 12 au 15 novembre 2026 au Grand Palais. Son approche, à la fois artistique et documentaire, a été comparée à un « journal intime » ou à une « enquête sociologique », mettant en lumière ce qui résiste et se renouvelle dans l’Amérique contemporaine. Stein est aujourd’hui âgé de 32 ans et vit toujours à Poughkeepsie avec sa compagne, Andrea Orejarena, rencontrée lors de ses études.

