Moustiques : le répulsif DEET pourrait les attirer au lieu de les faire fuir
Ces insectes qui se nourrissent de notre sang peuvent être conditionnés afin d’associer un produit chimique − pourtant largement utilisé comme antimoustique − à la présence d’un bon repas, suggère une étude..
Le DEET (N,N-Diéthyl-méta-toluamide) est une molécule chimique largement utilisée depuis les années 1950 dans les répulsifs anti-moustiques vendus dans le monde entier. Son efficacité repose traditionnellement sur deux mécanismes : soit il masque les odeurs humaines qui attirent les moustiques, soit il les repousse par son caractère désagréable ou toxique pour ces insectes. Pourtant, une étude publiée le 28 mai 2026 dans le Journal of Experimental Biology remet en cause cette vision simplifiée. Menée par Claudio Lazzari, chercheur à l’université de Tours en France, cette recherche suggère que le DEET pourrait, dans certaines conditions, avoir l’effet inverse et attirer les moustiques au lieu de les repousser.
L’étude s’inspire des travaux du physiologiste russe Ivan Pavlov, célèbre pour avoir démontré au XIXe siècle le conditionnement classique chez les chiens. Pavlov avait observé que ces animaux associaient un son à l’arrivée de nourriture, déclenchant une réaction de salivation. De la même manière, les chercheurs ont constaté que les moustiques pouvaient apprendre à associer la présence de DEET à une source potentielle de repas, c’est-à-dire le sang humain. Cette capacité d’apprentissage, appelée apprentissage associatif, permet aux insectes de modifier leur comportement en fonction de leurs expériences passées. Ainsi, après plusieurs expositions, certains moustiques pourraient percevoir le DEET non plus comme une menace, mais comme un signal indiquant la proximité d’un hôte à piquer.
Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe de Claudio Lazzari a réalisé une série d’expériences en laboratoire. Les moustiques, notamment l’espèce Aedes aegypti (responsable de la transmission de maladies comme la dengue ou Zika), ont été exposés à des concentrations variables de DEET. Les chercheurs ont observé que, dans un premier temps, le répulsif éloignait bien les insectes. Cependant, après plusieurs répétitions, certains moustiques ont commencé à revenir vers la source de DEET, suggérant qu’ils avaient appris à l’associer à une récompense, en l’occurrence un repas sanguin. Cette adaptation comportementale pourrait expliquer pourquoi certains répulsifs perdent en efficacité avec le temps, même s’ils restent chimiquement actifs.
Les moustiques, en particulier les espèces comme Aedes aegypti ou Anopheles (vecteur du paludisme), sont responsables de centaines de millions de cas de maladies chaque année, dont des millions de décès. Leur contrôle repose en grande partie sur l’utilisation de répulsifs comme le DEET, mais aussi sur des moustiquaires imprégnées ou des insecticides. Si une partie des moustiques développe une tolérance ou une attraction pour le DEET, cela pourrait réduire l’efficacité des stratégies de prévention. Les chercheurs soulignent que cette découverte ne signifie pas que le DEET est inutile, mais qu’il faut repenser son utilisation. Par exemple, alterner avec d’autres répulsifs ou combiner plusieurs méthodes de protection pourrait limiter ce phénomène d’adaptation.
Cette étude ouvre de nouvelles pistes de recherche, mais elle présente aussi des limites. Les expériences ont été réalisées en laboratoire, dans des conditions contrôlées, et il reste à vérifier si ce phénomène se produit dans la nature. De plus, l’ampleur de l’effet attractif du DEET sur les moustiques n’est pas encore quantifiée. Les chercheurs envisagent désormais d’étudier d’autres répulsifs pour voir s’ils sont également concernés par ce mécanisme d’apprentissage. À plus long terme, cette découverte pourrait conduire au développement de nouvelles stratégies de lutte contre les moustiques, intégrant des approches comportementales en plus des solutions chimiques existantes.

