Pourquoi le nucléaire fait-il un retour ?
La demande croissante d’électricité, la décarbonation des mix et la multiplication des centres de données alimentent un intérêt croissant pour l’énergie nucléaire. L’article Pourquoi le nucléaire fait-il un retour ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
La capacité mondiale de production d’électricité nucléaire devrait augmenter de 44 % d’ici 2036, passant de 372 gigawatts (GW) en 2025 à 535 GW. Cette croissance est portée par une demande accrue en électricité décarbonée, notamment pour répondre aux besoins des centres de données et à l’électrification des usages. Les réacteurs nucléaires traditionnels restent au cœur de cette expansion, avec des projets majeurs en Chine, aux États-Unis, en Inde et en Russie. Par exemple, la Chine, qui dispose déjà de 59 GW en construction, prévoit d’atteindre 102 GW d’ici 2030, ce qui pourrait lui permettre de dépasser les États-Unis et de devenir le pays avec la plus grande capacité nucléaire au monde. Cette tendance marque un retour du nucléaire après une décennie de ralentissement, notamment en raison de la catastrophe de Fukushima en 2011, qui avait entraîné des fermetures massives de réacteurs dans plusieurs pays.
L’accident nucléaire de Fukushima en 2011 avait provoqué un recul de la production d’électricité nucléaire dans le monde, avec des fermetures de réacteurs en Allemagne, au Japon et dans d’autres pays. L’Allemagne avait arrêté 8 de ses réacteurs dès 2011, puis fermé les 9 restants entre 2012 et 2023. Le Japon, après avoir envisagé de sortir du nucléaire d’ici les années 2030, a finalement annoncé en 2022 des mesures pour relancer son industrie nucléaire. Ce revirement s’explique par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique et de réduire la dépendance aux énergies fossiles, surtout après le choc des marchés énergétiques causé par l’invasion de l’Ukraine en 2022. Ces décisions illustrent un changement de stratégie énergétique, où le nucléaire est désormais perçu comme une solution fiable pour décarboner la production d’électricité.
Les *petits réacteurs modulaires* (SMR, pour *Small Modular Reactors*) représentent une innovation majeure dans le secteur nucléaire. Ces réacteurs, d’une capacité pouvant atteindre 300 mégawatts électriques (MWe) par unité, soit environ un tiers de celle des réacteurs traditionnels, offrent une plus grande flexibilité et peuvent être pré-assemblés en usine avant d’être transportés sur site. Cette technologie intéresse particulièrement les grandes entreprises technologiques comme Microsoft, Amazon et Google, qui disposent des ressources financières nécessaires pour financer ces projets. Actuellement, des SMR sont en opération en Chine et en Russie, tandis que deux réacteurs sont en construction aux États-Unis et en Argentine, avec une mise en service prévue pour 2027. Dans l’Union européenne, plus d’une dizaine de projets sont en phase de pré-investissement, notamment en Pologne et en Suède. La Commission européenne a annoncé un plan pour déployer les premiers SMR européens au début des années 2030, soulignant l’importance de cette technologie pour diversifier et moderniser le parc nucléaire.

