Racisé·es et campagnard·es : la double peine ?
Alors que les débats sur l'immigration, l'identité et le vivre-ensemble occupent une place centrale dans l'actualité, une question reste largement absente du paysage médiatique : que vivent les personnes racisées dans les campagnes françaises ?.
L'article explore la situation des personnes racisées vivant dans les campagnes françaises, un sujet rarement abordé dans les débats publics. Les racisé·es désignent ici les individus victimes de discriminations en raison de leur origine ethnique ou de leur couleur de peau, un concept issu des luttes antiracistes pour souligner les mécanismes systémiques de marginalisation. Les campagnes françaises, souvent perçues comme des espaces homogènes et traditionnels, cachent des réalités de racisme parfois plus visibles qu'en ville. L'article s'appuie sur des exemples récents comme le suicide de Joris Laurencin, 21 ans, en Isère en juillet 2026, après un harcèlement raciste, ou une agression à la carabine en Haute-Loire en avril 2026, où des enfants ont été pris pour cible avec des insultes racistes. Ces événements illustrent une double peine : l'isolement géographique s'ajoute aux discriminations raciales, rendant l'accès à la justice ou au soutien plus difficile.
Plusieurs affaires ont marqué les esprits en 2025 et 2026, révélant l'ampleur du racisme dans les zones rurales. En août 2025, une chasse à l'homme noir a été organisée dans la Creuse, un département rural du centre de la France, où des individus ont traqué une personne en raison de sa couleur de peau. En juillet 2026, des fêtes de village ont également été le théâtre de comportements racistes décomplexés, comme des insultes ou des moqueries lors d'événements festifs. Ces incidents montrent que le racisme en milieu rural n'est pas seulement individuel mais aussi collectif, parfois banalisé dans des contextes sociaux où les normes de tolérance diffèrent de celles des grandes villes. Les familles des victimes dénoncent un manque de réaction des autorités locales, soulignant l'impunité dont bénéficient souvent les auteurs de ces actes.
L'émission s'appuie sur les témoignages et analyses de plusieurs experts. Achraf Manar, militant et cofondateur de l'association Destins liés, intervient pour partager son expérience et celle des personnes qu'il accompagne. Nonna Mayer, chercheuse en science politique spécialiste de l'extrême droite, apporte un éclairage sur les dynamiques politiques et sociales qui favorisent ces discriminations en milieu rural. Clément Reversé, journaliste, et Eléna Roney complètent ces analyses par des reportages de terrain. Leur travail met en lumière les mécanismes de l'isolement géographique, où les réseaux de solidarité sont moins développés qu'en ville, et où les personnes racisées se sentent souvent invisibilisées, voire abandonnées par les institutions.
Les campagnes françaises sont traversées par des fractures sociales et raciales, exacerbées par l'éloignement des grands centres urbains. Les personnes racisées y subissent une double peine : elles doivent faire face non seulement aux discriminations raciales, mais aussi à un manque d'accès aux services publics, aux soins ou à l'emploi. Les débats sur l'immigration et l'identité nationale, qui occupent une place centrale dans l'actualité, occultent souvent ces réalités locales. Les territoires ruraux, où l'extrême droite progresse électoralement, deviennent des laboratoires de tensions identitaires. Pourtant, des initiatives locales émergent, comme celles portées par des associations, pour lutter contre ces discriminations et créer du lien social.
Face à ces constats, les intervenants soulignent l'importance de visibiliser ces situations pour briser l'isolement des personnes racisées en milieu rural. Achraf Manar et son association *Destins liés* travaillent à créer des réseaux de solidarité et à sensibiliser les populations locales. Nonna Mayer rappelle que les campagnes ne sont pas homogènes et que des différences existent entre les régions, certaines étant plus accueillantes que d'autres. L'article souligne aussi le rôle des médias, qui ont un devoir de couverture de ces sujets pour éviter que ces réalités ne restent dans l'ombre. Enfin, il est question de l'impact des scrutins politiques à venir sur ces dynamiques, les politiques publiques pouvant soit aggraver ces fractures, soit les réduire par des mesures concrètes.

