« Sans notre intervention, il n'y aurait quasiment plus de busards en France » : comment agriculteurs et écologistes protègent ces oiseaux des champs
Dans le nord de la France, écologues et agriculteurs font cause commune pour protéger les busards qui nichent au sol au milieu des champs. Les chaleurs et moissons avancées fragilisent la reproduction de ces oiseaux en déclin.
Les busards sont des oiseaux de proie spécialisés dans la chasse en milieu ouvert, comme les champs ou les prairies. En France, trois espèces sont particulièrement menacées : le busard cendré, le busard Saint-Martin et le busard des roseaux. Selon les données disponibles, leur population a chuté de manière spectaculaire depuis les années 1970, passant de plusieurs dizaines de milliers de couples à quelques centaines aujourd’hui. Cette disparition est principalement liée à l’intensification de l’agriculture, qui a réduit les habitats naturels de ces oiseaux. Les prairies permanentes, où ils nichent et se nourrissent, ont été converties en cultures intensives ou en zones urbaines, limitant leurs ressources alimentaires. Les pesticides, en réduisant les populations d’insectes et de petits mammifères dont ils se nourrissent, aggravent également leur déclin.
Face à ce déclin, des agriculteurs se mobilisent pour préserver les busards en adaptant leurs pratiques. Certains retardent la fenaison (la coupe des foins) jusqu’à la fin du mois de juillet, période où les jeunes busards ont quitté le nid. Cette mesure permet aux oiseaux de se reproduire sans être dérangés par les machines agricoles. D’autres laissent des bandes de prairie non fauchées autour des champs, offrant des zones de refuge et de nidification. Ces initiatives sont souvent soutenues par des programmes de rémunération, comme les Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC), qui compensent financièrement les agriculteurs pour ces pratiques moins productives mais bénéfiques pour la biodiversité. En 2020, près de 5 000 hectares de prairies en France étaient ainsi préservés grâce à ces dispositifs.
La protection des busards repose aussi sur un cadre légal strict. En France, ces oiseaux sont protégés par la loi sur la protection de la nature de 1976, qui interdit leur destruction, leur capture ou la perturbation de leurs nids. Des associations comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) jouent un rôle clé dans la surveillance des populations et la sensibilisation du public. Elles organisent des comptages annuels pour évaluer l’évolution des effectifs et identifient les zones prioritaires pour la conservation. Par exemple, en 2022, la LPO a recensé seulement 200 couples de busards cendrés en France, contre plus de 10 000 dans les années 1970. Ces données permettent d’ajuster les mesures de protection en fonction des besoins des espèces.
La préservation des busards repose sur une collaboration entre agriculteurs, écologistes, scientifiques et pouvoirs publics. Des projets comme Life Busard (2015-2020), financé par l’Union européenne, ont permis de tester des méthodes innovantes pour concilier agriculture et protection de la biodiversité. Ce programme a impliqué des centaines d’agriculteurs dans 12 régions françaises, montrant qu’il était possible de maintenir des rendements agricoles tout en favorisant la reproduction des busards. Les résultats ont été encourageants : dans certaines zones, les populations de busards cendrés ont augmenté de 20 % en cinq ans. Ces succès démontrent que des solutions existent, à condition que tous les acteurs s’impliquent ensemble.
Malgré ces efforts, les busards restent menacés par plusieurs facteurs. L’urbanisation continue de grignoter les espaces naturels, réduisant encore les habitats disponibles. Les changements climatiques, qui modifient les cycles de végétation et les populations de proies, ajoutent une pression supplémentaire. Par ailleurs, certains agriculteurs ne sont pas encore sensibilisés aux enjeux de la biodiversité ou craignent une baisse de leurs revenus en adoptant des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Enfin, le manque de moyens financiers pour généraliser les programmes de protection limite leur efficacité. Sans une mobilisation accrue, les busards pourraient disparaître presque totalement d’ici quelques décennies, comme le suggère leur déclin actuel.

