En Inde, des réseaux exploitent des femmes précaires pour le don d’ovocytes
Appâtées par des paiements allant de 200 à 350 euros, des femmes indiennes financièrement vulnérables auraient subi des prélèvements d’ovocytes répétés. Elles sont ainsi exposées au risque d’apparition d’hémorragies, d’infections et de kystes, voire à des risques mortels..
En Inde, des réseaux clandestins exploitent des femmes précaires pour prélever leurs ovocytes, des cellules reproductrices féminines, dans le but de les vendre. Ces réseaux ciblent principalement des femmes vivant dans des bidonvilles, comme Neeta et Roshani Shaikh, en leur proposant des sommes d'argent (20 000 roupies indiennes, soit 200 €) pour chaque don. Les agents de ces réseaux, souvent des intermédiaires, recrutent les donneuses en exploitant leur vulnérabilité économique. Une fois recrutées, les femmes subissent des procédures médicales répétées, comme des ponctions ovocytaires, qui sont illégales si elles sont effectuées plus d'une fois dans une vie. Ces réseaux opèrent principalement dans l'État du Maharashtra, situé dans le centre-ouest de l'Inde, mais leur activité s'étend à d'autres régions du pays.
Les donneuses d'ovocytes subissent des cycles de stimulation hormonale suivis de ponctions vaginales pour extraire les ovocytes. Ces procédures, bien que courantes dans les cliniques de fertilité, sont normalement limitées à une fois par donneuse pour des raisons de sécurité. Cependant, dans les réseaux illégaux, certaines femmes comme Neeta ont subi jusqu'à 45 ponctions, avec des conséquences graves pour leur santé. Les risques incluent des hémorragies, des infections, l'apparition de kystes, ainsi que des effets secondaires comme la fatigue, des sautes d'humeur, des ballonnements et des douleurs pelviennes. Le syndrome d'hyperstimulation ovarienne, une complication potentiellement mortelle, peut également survenir, surtout en cas de stimulations répétées. Ces risques sont aggravés par l'absence de suivi médical approprié dans les réseaux clandestins.
Depuis 2021, une loi indienne interdit la vente d'ovocytes et la maternité porteuse rémunérée, en réponse à des pratiques abusives. Cependant, cette interdiction a créé un marché noir florissant, où les ovocytes sont échangés illégalement. Les femmes les plus marginalisées, souvent sans autre choix économique, deviennent des fournisseuses de matériel reproductif pour une compensation financière dérisoire. Selon The Times of India, ce phénomène ne se limite pas au Maharashtra mais s'étend à l'ensemble du pays. Les experts médicaux soulignent que ces pratiques exploitent la précarité des donneuses et ignorent les risques pour leur santé, tout en répondant à une demande croissante de couples cherchant à concevoir un enfant.
Neeta, une mère de famille du Maharashtra, a accepté de donner ses ovocytes après avoir été convaincue par un membre de sa famille. Elle a reçu 20 000 roupies (200 €) pour chaque don, mais a rapidement ressenti des effets secondaires graves, comme un ventre gonflé et douloureux après la première procédure. Malgré sa peur, elle a recommencé à plusieurs reprises, poussée par des difficultés financières. Roshani Shaikh, une ouvrière de 35 ans, a également été recrutée par une intermédiaire surnommée Madame après avoir été abandonnée par son mari. Ces témoignages illustrent comment la précarité économique pousse des femmes à prendre des risques pour leur santé, souvent sans comprendre pleinement les conséquences de leurs actes.
Les professionnels de santé, comme la docteure Anjali Malpani, fondatrice de la clinique de fertilité Malpani à Bombay, mettent en garde contre les dangers des ponctions ovocytaires répétées. Bien que le corps féminin soit résilient, la répétition des stimulations hormonales, des anesthésies et des ponctions peut avoir des effets néfastes sur le système reproducteur et hormonal. Les complications incluent des troubles gynécologiques, des déséquilibres hormonaux et, dans les cas extrêmes, le syndrome d'hyperstimulation ovarienne, qui peut mettre la vie de la donneuse en danger. Ces experts soulignent l'urgence de renforcer les contrôles pour protéger les femmes les plus vulnérables de ces pratiques exploitatrices.

