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Culture

Pourquoi les performeuses choisissent-elles le "trash" ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 22 sept.

Le Festival d'Avignon s'en souvient encore : il y a trois ans, le public français découvrait les performances de la Brésilienne Carolina Bianchi, elle-même inspirée par la metteuse en scène espagnole Angélica Liddell. Pourquoi les performeuses choisissent-elles le « trash » ?.

Origines du phénomène

Dans les années 1970, des performeuses comme les féministes américaines ont commencé à utiliser leur corps comme outil de contestation artistique. Contrairement aux représentations théâtrales traditionnelles, ces artistes ne cherchaient pas à créer une illusion (catharsis), mais à provoquer un désordre réel. Émilie Bouvard, historienne de l'art et conservatrice du patrimoine, souligne qu'elles agissaient dans des espaces non conventionnels, loin des scènes traditionnelles. Leur démarche était souvent qualifiée de folle, alors qu'elle était en réalité méticuleuse et réfléchie. Leur objectif était de briser les normes sociales et artistiques qui enfermaient les femmes dans des rôles passifs. Ces performances, comme celles de Carolina Bianchi ou Angélica Liddell aujourd'hui, s'inscrivent dans cette lignée de rébellion artistique.

Esthétique du choc

Les performeuses contemporaines, comme Carolina Bianchi ou Florentina Holzinger, utilisent une esthétique du choc pour interroger la violence faite aux femmes. Dans sa trilogie La Trilogie des Chiennes, Carolina Bianchi ingère une drogue utilisée par les violeurs (cocktail « Bonne nuit Cendrillon ») sur scène, perdant connaissance sous les yeux du public. D'autres artistes, comme Angélica Liddell, se masturbent en représentation, ou encore Rebecca Chaillon, qui avale des quantités importantes de beurre. Ces actes ne sont pas gratuits : ils visent à exposer une réalité souvent cachée, en utilisant le corps féminin comme support d'une critique sociale et politique. Ces performances bousculent les conventions du théâtre traditionnel, où la violence était souvent jouée par des hommes sur des femmes, mais rarement vécue directement par ces dernières.

Violence et corps féminin

Marie Sorbier, productrice et rédactrice en chef, explique que ces performeuses cassent le quatrième mur, c'est-à-dire qu'elles abolissent la frontière entre la scène et le public. Elles transforment la violence en acte réel, et non plus en fiction. Victor Inisan, dramaturge et critique, précise que cette violence auto-infligée par des femmes dérange car elle rompt avec une tradition théâtrale dominée par des metteurs en scène masculins. Historiquement, le corps féminin était souvent représenté comme un objet de désir ou de souffrance, mais rarement comme sujet actif de sa propre violence. Ces performances interrogent ainsi la place des femmes dans l'art et dans la société, en mettant en scène un corps indésirable pour une certaine bourgeoisie habituée aux codes traditionnels du théâtre.

Trash : un terme de réception

Le terme trash est souvent utilisé pour qualifier ces performances, mais Victor Inisan souligne qu'il s'agit davantage d'un terme de réception qu'une auto-désignation. Ces artistes ne se considèrent pas forcément comme trash, mais leur travail est perçu ainsi par le public et les critiques. Ce mot, emprunté à l'anglais et signifiant ordures ou déchet, est utilisé pour décrire une esthétique provocante, excessive ou dérangeante. Il reflète aussi un rejet des normes bourgeoises et des attentes traditionnelles envers l'art. Les performeuses, en choisissant cette voie, remettent en question les hiérarchies artistiques et sociales, en imposant une nouvelle forme de visibilité pour les corps et les voix marginalisés.

Ce que ça pourrait changer

En septembre 2026, la trilogie *Trilogia Cadela Força* de Carolina Bianchi est jouée au Théâtre de l'Odéon à Paris dans le cadre du Festival d'Automne. Chaque partie (*CAPÍTULOS I, II, III*) est présentée les 19, 20, 26 et 27 septembre, avec des représentations individuelles possibles. Parallèlement, Emilie Bouvard publie le 22 octobre 2026 l'ouvrage *Violentes - Une traversée féminine de l'art occidental. 1958-1978*, qui explore cette période de rébellion artistique. Marie Petitcuénot fait paraître *Heures sauvages* le 20 août 2026, un autre livre abordant des thèmes similaires. Ces événements et publications montrent que ce mouvement artistique, né dans les années 1970, continue d'inspirer et de questionner les normes contemporaines.

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