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CULTURE

Pourquoi les performeuses choisissent-elles le "trash" ?

Source unique·22 sept.

L’esthétique du trash sur scène, incarnée par des performeuses comme Carolina Bianchi ou Angélica Liddell, interroge les frontières entre provocation et subversion. En choisissant de mettre en scène leur propre corps comme champ de violence symbolique, ces artistes bousculent les codes d’un théâtre traditionnel encore marqué par une tradition masculine, tout en questionnant la réception de leurs œuvres dans un espace culturel souvent perçu comme bourgeois et policé.

En quoi les performances actuelles de performeuses comme Carolina Bianchi ou Angélica Liddell prolongent-elles — ou transforment-elles — les pratiques des artistes des années 1970 ?

Les performeuses des années 1970 agissaient comme des irruptions du réel dans des espaces non conventionnels, cherchant à provoquer un désordre systémique contre les normes sociales et artistiques. Aujourd’hui, des artistes comme Bianchi ou Liddell conservent cette dimension de rupture, mais en l’incarnant directement sur scène, souvent dans des institutions théâtrales établies. Leur approche reste méticuleuse et délibérée, mais elle se heurte désormais à un public habitué à une certaine bienséance, ce qui en fait une provocation plus frontale que leurs aînées.

Pourquoi le terme trash est-il systématiquement associé à ces performances féminines, selon Victor Inisan ?

Victor Inisan souligne que le trash n’est pas un auto-désignation des performeuses, mais une étiquette imposée par la réception critique et publique. Ce terme reflète une réaction de rejet ou de malaise face à des corps féminins qui se font violence eux-mêmes, une pratique encore perçue comme transgressive dans un milieu théâtral dominé par des codes masculins et une tradition de représentation indirecte de la souffrance.

Quel rôle joue la violence dans ces performances, et comment se distingue-t-elle des représentations théâtrales traditionnelles ?

La violence dans ces performances n’est pas simulée : elle est réelle et exercée sur le corps des performeuses, rompant avec une tradition où la souffrance était jouée par des hommes sur des femmes. Emilie Bouvard rappelle que cette violence directe, autrefois cantonnée à des espaces marginaux, devient aujourd’hui un outil de déstabilisation des normes esthétiques et sociales, notamment en refusant toute catharsis qui ramènerait à l’ordre.

Ce que ça pourrait changer

Ces performances pourraient accélérer une redéfinition des frontières entre art et militantisme, tout en forçant les institutions culturelles à interroger leur propre conservatisme. Elles risquent aussi d’être récupérées par des discours réactionnaires qui y verraient une simple provocation gratuite, plutôt qu’une critique systémique des violences faites aux femmes. Enfin, elles soulèvent la question de la légitimité des corps féminins à incarner la souffrance sans être réduites à des objets de scandale.

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