Au Japon, les entreprises ne sont plus obligées de plafonner les heures supplémentaires
À partir du 1er septembre, les entreprises japonaises ne sont plus obligées de plafonner les heures supplémentaires à 45 heures par mois, "tout en préservant la santé des travailleurs". Une décision controversée dans un pays mené par une Première ministre a.
À partir du 1er septembre 2026, les entreprises japonaises ne sont plus obligées de respecter un plafond de 45 heures supplémentaires par mois, une règle instaurée en 2019. Cette réforme, surnommée l’accord 36, avait été adoptée pour limiter les excès de travail et protéger la santé des salariés. Le gouvernement justifie cette suppression par la nécessité de flexibilité face à une pénurie de main-d’œuvre au Japon. Cependant, cette décision suscite des inquiétudes quant à un retour possible aux pratiques de surmenage (karōshi), terme japonais désignant les décès liés au travail excessif. En 2025, le Japon a enregistré 6 212 demandes d’indemnisation pour maladies ou décès liés au travail, un chiffre en hausse de 1 400 par rapport à l’année précédente.
Les syndicats japonais expriment leur méfiance face à cette réforme, notamment en raison du profil de la Première ministre Sanae Takaichi. Connue pour son discours pro-travail, elle a déclaré lors de sa prise de fonction : « Je vais mettre tout le monde au travail. Je vais moi-même abandonner l’idée de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Je vais travailler, travailler, travailler, travailler. » Elle a également évoqué dormir entre zéro et trois heures par nuit. Les syndicats craignent que cette mesure ne conduise à une augmentation des heures supplémentaires imposées, malgré les garanties officielles sur le respect de la santé des travailleurs. Le Japan Times souligne que de nombreux cadres n’ont jamais réellement intégré les notions de droit à la déconnexion ou de pauses obligatoires.
Le Japon fait face à une pénurie de main-d’œuvre, un défi démographique lié au vieillissement de sa population. Le patronat japonais a longtemps critiqué les contraintes légales sur les heures supplémentaires, les jugeant trop rigides pour répondre aux besoins des entreprises. La réforme de 2019 avait pourtant marqué une avancée en limitant les heures supplémentaires à 45 heures par mois, mais elle est désormais remise en cause. L’économiste Kazutaka Kobara, cité par le Japan Times, estime que les entreprises ne reviendront pas nécessairement aux excès d’avant 2019, mais que la suppression du plafond pourrait encourager des pratiques de travail intensif, surtout dans un contexte de pression économique.
Le Japon est un pays où les longues heures de travail sont une tradition culturelle, mais aussi une source de problèmes de santé publique. Le terme *karōshi* (mort par surmenage) désigne des décès causés par des arrêts cardiaques, des suicides ou des accidents liés à l’épuisement professionnel. En 2025, le Japon a enregistré un record de 6 212 demandes d’indemnisation pour des maladies ou des décès liés au travail, soit une augmentation de 1 400 par rapport à 2024. Les avocats représentant les victimes de *karōshi* ont déjà dénoncé la nouvelle mesure, soulignant que la suppression du plafond pourrait aggraver cette tendance. Les syndicats et les associations de victimes appellent à une vigilance accrue sur les conditions de travail.

