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Qu'est-ce que l'infantisme ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 3 h

Racisme, antisémitisme, sexisme : vous êtes-vous déjà dit qu'il existait un continuum entre les discriminations, jusqu'à celles subies par les enfants ? Peut-être pas, car il est normalisé qu'un enfant doit obéir à un adulte. Pour sortir de cet impensé, il fallait donc créer un mot : l'infantisme..

Définition de l'infantisme

L’infantisme est un concept récent qui désigne une forme de discrimination systémique envers les enfants, comparable au racisme, au sexisme ou à l’antisémitisme. Ce terme a été créé pour mettre en lumière une réalité souvent ignorée : la normalisation de la domination des adultes sur les enfants, considérée comme naturelle et justifiée. Contrairement à d’autres formes de discrimination, l’infantisme n’est pas toujours conscient ou intentionnel, mais il se manifeste par des attitudes, des lois ou des pratiques qui limitent la liberté, la dignité ou les droits des enfants. Par exemple, l’obligation pour un enfant d’obéir à un adulte sans discussion est souvent perçue comme une évidence, alors qu’elle relève d’un rapport de pouvoir inégal. Ce concept s’inscrit dans une réflexion plus large sur les droits de l’enfant et la nécessité de repenser les relations entre générations.

Origines du concept

Le terme infantisme a été popularisé par la pédopsychiatre Laelia Benoit, chercheuse à l’université de Yale et au Centre de Recherche en Épidémiologie et Santé des Populations (CESP) de l’Inserm. Dans son livre Infantisme, publié en 2023 aux éditions Seuil, elle explore les racines historiques et sociales de cette discrimination. L’autrice s’appuie sur des travaux antérieurs, comme ceux du psychiatre Chester Pierce et de Gail Allen, qui avaient déjà évoqué le childism (enfantisme en anglais) dans les années 1970. Ce concept souligne que la société tend à considérer l’enfant comme un être inférieur, dont les besoins et les opinions sont systématiquement minimisés au profit de ceux des adultes. Laelia Benoit montre que cette vision a des conséquences concrètes, comme la banalisation des violences éducatives ou la restriction de l’autonomie des mineurs.

Manifestations de l'infantisme

L’infantisme se traduit par des pratiques variées, souvent normalisées. Par exemple, les enfants sont rarement consultés sur des décisions les concernant, comme le choix de leur école ou de leur mode de vie. Les violences éducatives, comme les fessées ou les cris, sont encore légalisées dans de nombreux pays, y compris en France où elles étaient autorisées jusqu’en 2019 avant d’être interdites. Les médias et la culture populaire contribuent aussi à renforcer cette discrimination : les enfants sont souvent représentés comme des êtres naïfs, irresponsables ou capricieux, ce qui justifie leur exclusion des espaces de décision. Enfin, les lois elles-mêmes peuvent être infantistes, comme celles qui limitent l’accès des mineurs à certains droits fondamentaux (travail, consentement médical, etc.).

Conséquences sur les enfants

Les effets de l’infantisme sur les enfants sont multiples et profonds. Sur le plan psychologique, cette discrimination peut entraîner une perte de confiance en soi, des troubles anxieux ou dépressifs, voire des traumatismes durables. Les enfants élevés dans un environnement où leur parole n’est pas écoutée peuvent développer un sentiment d’impuissance ou de mépris de soi. Socialement, l’infantisme limite leur capacité à s’exprimer, à défendre leurs droits ou à participer activement à la société. Par exemple, les mineurs sont souvent exclus des débats publics sur des sujets qui les concernent directement, comme l’écologie ou l’éducation. Enfin, sur le plan juridique, leur statut de « personnes en devenir » les place dans une position de vulnérabilité, les rendant plus exposés aux abus ou aux injustices.

Réactions et débats

Le concept d’infantisme suscite des réactions contrastées. Certains y voient une prise de conscience nécessaire pour faire évoluer les mentalités et les lois, tandis que d’autres le critiquent comme une approche trop radicale ou inutile. Les défenseurs de ce concept, comme Laelia Benoit, soulignent que reconnaître l’infantisme permet de mieux protéger les enfants et de promouvoir une société plus juste. Ils citent des exemples de pays où des avancées ont été réalisées, comme en Suède, où les violences éducatives sont interdites depuis 1979. À l’inverse, des détracteurs estiment que l’infantisme minimise les responsabilités parentales ou éducatives, ou qu’il risque de créer un déséquilibre dans les relations familiales. Ces débats reflètent une tension plus large entre protection et autonomie des enfants.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs pistes sont évoquées pour combattre l’infantisme. D’un point de vue juridique, renforcer les droits des enfants, comme le fait la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) adoptée en 1989, est une étape clé. En France, des lois récentes, comme l’interdiction des violences éducatives en 2019, vont dans ce sens. Sur le plan éducatif, promouvoir une parentalité respectueuse, où l’enfant est considéré comme un partenaire à part entière, est essentiel. Des initiatives comme les *conseils de jeunes* dans les écoles ou les municipalités permettent aux mineurs de s’exprimer et de participer aux décisions. Enfin, sur le plan culturel, déconstruire les stéréotypes sur l’enfance, comme ceux véhiculés par les films ou les livres, est un travail de longue haleine. Des chercheurs et des associations militent pour une représentation plus réaliste et respectueuse des enfants.

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