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CULTURE

Qu'est-ce que l'infantisme ?

Source unique·il y a 4 h

L’infantisme, néologisme forgé pour désigner la discrimination systémique envers les enfants, révèle une évidence troublante : notre rapport à l’enfance s’enracine dans une naturalisation de l’autorité adulte, souvent aveugle aux violences structurelles qu’elle engendre. En explorant ce concept à travers une émission de France Culture, l’angle n’est plus seulement descriptif, mais interroge les fondements philosophiques et sociaux d’une oppression normalisée, où l’enfant est systématiquement réduit à un statut d’inférieur moral et juridique.

Comment l’infantisme se distingue-t-il d’autres formes de discrimination comme le racisme ou le sexisme ?

L’infantisme partage avec ces discriminations une logique de hiérarchisation et d’exclusion, mais il se singularise par son caractère invisible et universel : contrairement au racisme ou au sexisme, qui sont souvent contestés comme des systèmes d’oppression, l’infantisme est intériorisé comme une évidence naturelle, où l’enfant est perçu comme un être incomplet, irresponsable, et donc soumis à l’autorité adulte sans possibilité de réciprocité. Cette normalisation rend son déconstruction particulièrement ardue, car elle s’appuie sur des structures sociales et éducatives profondément ancrées.

Quels sont les acteurs et les travaux qui ont contribué à théoriser l’infantisme ?

La pédopsychiatre Laelia Benoit, chercheuse à l’université de Yale et à l’Inserm, est une figure centrale de ce débat. Ses travaux, notamment son livre Infantisme (Seuil, 2023), s’appuient sur des références académiques comme celles de Chester Pierce et Gail Allen, qui ont introduit dès 1975 le terme de childism pour décrire cette oppression. Plus récemment, Adam Benforado a prolongé cette réflexion en insistant sur les bénéfices collectifs d’une priorisation des droits des enfants, dans son essai A Minor Revolution: How Prioritizing Kids Benefits Us All (2023).

Quelles œuvres culturelles illustrent ou questionnent l’infantisme dans l’émission ?

L’émission mobilise des extraits de films comme Charlie et la Chocolaterie (Tim Burton, 2005) ou Les Enfants de Timpelbach (Nicolas Bary, 2008) pour montrer comment la fiction reflète ou critique cette dynamique de domination adulte. Elle cite aussi un documentaire récent, Qu’est-ce qu’on va faire de toi? (Karelle Fitoussi & Salma Cheddadi, 2026), sélectionné au Festival Fipadoc, qui explore les attentes sociales pesant sur les enfants et leur capacité à résister à ces normes.

Pourquoi l’infantisme est-il qualifié de continuum avec d’autres discriminations ?

L’émission suggère que l’infantisme fonctionne comme un prisme à travers lequel se lisent d’autres formes d’oppression : la dévalorisation de l’enfant prépare le terrain pour des logiques similaires envers d’autres groupes marginalisés. Par exemple, l’idée que l’enfant est mauvais par nature (comme le sous-entend le titre de l’image illustrative de l’article) peut être rapprochée des stéréotypes racistes ou sexistes, où des groupes entiers sont essentialisés comme inférieurs. Cette analogie met en lumière une grille de lecture commune des rapports de pouvoir.

Ce que ça pourrait changer

Si l’infantisme était reconnu comme un système d’oppression à part entière, cela pourrait bouleverser les fondements du droit de la famille, de l’éducation et même de la démocratie, en plaçant l’enfant non plus comme un objet de protection, mais comme un sujet de droits à part entière. Cela impliquerait une refonte des politiques publiques, une réévaluation des rapports familiaux, et une remise en cause des pratiques éducatives traditionnelles, souvent fondées sur l’obéissance plutôt que sur l’autonomie. À l’inverse, une résistance à cette prise de conscience risquerait de perpétuer des violences systémiques, normalisées sous couvert de bienveillance ou de tradition.

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