NapseflowNapseflow
Géopolitique

Où déménager pour gagner plus ?

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

“The Economist” relaie une étude basée sur 500 millions d’utilisateurs LinkedIn. Elle révèle que le lieu de travail pèse plus lourd qu’on ne le pense sur la rémunération, jusqu’à 93 % des écarts de salaires entre pays..

Lieu et salaire

Une étude menée par l’équipe de Gaurav Khanna de l’université de Californie à San Diego, relayée par The Economist, montre que le lieu où l’on travaille influence fortement les écarts de salaire. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les parcours professionnels de 500 millions d’utilisateurs de LinkedIn. Ils ont isolé l’effet du « lieu » en comparant des travailleurs aux compétences similaires mais travaillant dans des villes différentes. Résultat : le lieu explique près de 45 % des écarts de salaire entre villes d’un même pays, et jusqu’à 73 % dans certains cas. À l’échelle internationale, cette influence peut atteindre 93 %. Par exemple, Vaduz, la capitale du Liechtenstein, affiche l’écart le plus marqué, bien que sa petite taille (6 000 habitants) puisse décourager les candidats à l’expatriation. Dans les grands pays, les grandes villes comme San Francisco ou New York offrent les écarts salariaux les plus élevés, en raison de leur densité économique et industrielle.

Villes moyennes vs mégalopoles

Dans les pays pauvres, les villes moyennes situées à proximité des grandes métropoles offrent souvent une meilleure prime salariale que les mégalopoles elles-mêmes. Ces villes bénéficient de l’attractivité économique des grandes villes voisines, sans subir leurs inconvénients majeurs comme la pénurie de logements, les coupures d’électricité ou les embouteillages. L’étude souligne que cette dynamique s’explique par un phénomène de « diffusion » des opportunités économiques. Par exemple, une ville moyenne proche de Paris ou de New York peut attirer des entreprises et des travailleurs grâce à des coûts de vie moins élevés et une meilleure qualité de vie, tout en profitant de la proximité des grands centres économiques. Cette tendance contraste avec les pays riches, où les mégalopoles dominent en termes de salaires.

Deux types de blocages

L’étude identifie deux niveaux de friction qui limitent la croissance économique et l’augmentation des salaires, notamment dans les pays pauvres ou en développement. Le premier type de blocage concerne les travailleurs : les problèmes liés au logement, aux transports ou à la qualité de vie peuvent dissuader les travailleurs de rejoindre les grandes villes plus productives. Le second type de blocage touche les entreprises : des obstacles comme des infrastructures insuffisantes, des réglementations complexes ou des pénuries de main-d’œuvre qualifiée peuvent empêcher les entreprises les plus productives de grandir et d’embaucher davantage. Ces deux types de blocages réduisent la capacité des économies à absorber plus de main-d’œuvre et à augmenter les salaires. En les surmontant, les pays pourraient mécaniquement voir leurs salaires progresser.

Ce que ça pourrait changer

Les infrastructures jouent un rôle clé dans la capacité des villes à attirer des travailleurs et des entreprises. Dans les pays pauvres, des problèmes comme les coupures d’électricité, les embouteillages ou l’absence de logements abordables freinent la productivité et la croissance. Par exemple, une ville moyenne proche d’une grande métropole peut offrir des salaires attractifs grâce à sa proximité avec des opportunités économiques, mais si ses infrastructures sont défaillantes, elle ne pourra pas pleinement en profiter. À l’inverse, dans les pays riches, les grandes villes comme San Francisco ou New York combinent une forte productivité avec des infrastructures développées, ce qui explique leurs écarts salariaux élevés. L’étude suggère que l’amélioration des infrastructures pourrait lever ces blocages et favoriser une meilleure répartition des richesses.

Sujets complémentaires