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Société

Bonne nouvelle: vous pouvez être une commère sans être une mauvaise personne

Slate FR · mis à jour il y a 8 h

Vous ne pouvez pas vous empêcher de partager des potins et des secrets avec vos amis? Il existe une manière éthique de le faire..

Le commérage, un vice ancien

Le commérage, ou gossip en anglais, est une pratique sociale ancienne qui consiste à partager des informations, souvent personnelles, sur autrui. Au Moyen Âge, cette activité était considérée comme un vice, au point que les personnes accusées de trop parler devaient porter une muselière en fer pour les empêcher de colporter des ragots. Malgré ces punitions, les potins n’ont pas disparu et restent omniprésents dans les interactions sociales. La philosophe Cécile Fabre, spécialiste à l’université d’Oxford, s’est intéressée à cette question en analysant les effets des ragots sur les relations humaines. Elle distingue deux types de commérages : ceux qui renforcent les liens sociaux et ceux qui les détériorent, selon qu’ils reposent sur des faits vérifiés ou des mensonges et des secrets trahis. Les ragots, bien que souvent perçus comme négatifs, jouent un rôle dans la cohésion des groupes, comme le souligne l’anthropologue Robin Dunbar, qui les considère comme un outil d’apprentissage et de survie pour les hominidés.

Éthique et commérage

Cécile Fabre propose une réflexion sur l’éthique du commérage en distinguant les bons et les mauvais potins. Les bons ragots sont ceux qui reposent sur des informations vérifiées et partagées librement par la personne concernée. Ils permettent de créer des liens entre amis ou connaissances, tout en respectant la confiance accordée. À l’inverse, les mauvais ragots incluent les mensonges, les secrets trahis ou les informations qui nuisent à la réputation d’autrui. Selon la philosophe, ces derniers sapent le respect et la considération dus à chaque individu en tant que personne. Elle insiste sur l’importance de ne pas répéter des informations confidentielles ou diffamatoires, une règle déjà évoquée par le philosophe Emmanuel Kant au XVIIIe siècle. Pour Kant, les conversations animées ne doivent pas donner lieu à des divulgations ultérieures, afin de préserver l’intégrité des échanges.

Les ragots, un outil social

L’anthropologue Robin Dunbar, auteur de l’essai Grooming, Gossip, and the Evolution of Language, soutient que les ragots ont joué un rôle clé dans l’évolution humaine. Il explique que les hominidés utilisaient les potins pour partager des informations sur les dangers ou les comportements à éviter, ce qui favorisait leur survie. Aujourd’hui, Dunbar note que 85 % de nos conversations sont consacrées à des sujets sociaux, majoritairement à des ragots. Une étude publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science a montré que la plupart de ces échanges ne sont ni malveillants ni critiques, mais plutôt neutres et informatifs. Les ragots permettent ainsi de renforcer les liens sociaux, de partager des expériences et de créer des réseaux de confiance, tout en restant une activité naturelle et amusante.

Ce que ça pourrait changer

Pour Cécile Fabre, l’essentiel est de trouver un équilibre dans les échanges de ragots. Il ne s’agit pas de renoncer à cette activité, mais de veiller à ce qu’elle ne devienne pas excessive ou nuisible. Elle recommande de consacrer du temps aux potins, mais aussi de diversifier les sujets de conversation pour inclure des discussions sur soi-même ou sur d’autres thèmes. Les ragots, bien que utiles, ne doivent pas éclipser la richesse des interactions humaines. L’objectif est de préserver à la fois la spontanéité des échanges et le respect des personnes concernées. En adoptant cette approche, il est possible de profiter des bienfaits des ragots sans tomber dans les pièges de la médisance ou de la trahison.

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