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Société

Les États-Unis vont construire une centrale électrique tournant aux déchets nucléaires au fond de l'océan

Slate FR · mis à jour il y a 13 h

Les États-Unis testent actuellement un projet de centrale sous-marine qui utilise certains déchets radioactifs pour produire de l'électricité. Avec en ligne de mire la possibilité d'offrir aux véhicules sous-marins autonomes le moyen de se recharger sans interrompre leurs missions..

Nouveau type centrale

Les États-Unis prévoient de construire une centrale électrique innovante au fond de l'océan, conçue pour fonctionner grâce à des déchets nucléaires recyclés. Ce projet, financé par le Pentagone à hauteur de 7,5 millions de dollars (soit environ 6,5 millions d'euros), a été confié à l'entreprise américaine Zeno Power. Contrairement aux centrales nucléaires classiques, cette installation ne repose pas sur la fission d'atomes lourds comme l'uranium, mais sur la chaleur produite par la désintégration naturelle de déchets radioactifs. Cette chaleur est ensuite convertie en électricité pour alimenter des équipements sous-marins autonomes, comme des capteurs ou des bornes de recharge pour véhicules sous-marins. L'objectif est de fournir une source d'énergie fiable et autonome, sans dépendre de la lumière du soleil ni de câbles permanents, ce qui est crucial pour les missions en milieu marin profond.

Déchets radioactifs utilisés

Le premier déchet nucléaire sélectionné pour cette centrale est le strontium 90, un isotope radioactif issu des réacteurs nucléaires. Le strontium 90 se désintègre naturellement en libérant de la chaleur sur une longue période, ce qui en fait une source d'énergie thermique stable et prévisible. Contrairement à d'autres déchets radioactifs, il ne nécessite pas de réaction en chaîne pour produire de l'énergie, ce qui simplifie son utilisation. Les scientifiques de Zeno Power ont commencé à manipuler ce déchet dans un laboratoire californien, protégé par des vitres de plomb pour éviter toute exposition aux radiations. L'idée est de recycler ces déchets tout en produisant de l'électricité, réduisant ainsi leur impact environnemental. Le projet vise à démontrer qu'il est possible de générer plus d'énergie avec moins de déchets radioactifs que les méthodes traditionnelles.

Fonctionnement technique

Pour convertir la chaleur du strontium 90 en électricité, les ingénieurs utilisent un convertisseur thermoélectrique. Ce dispositif exploite la différence de température entre la source chaude (le déchet radioactif) et l'environnement froid de l'océan pour actionner un piston ou un système mécanique, produisant ainsi un courant électrique. Ce mécanisme ne nécessite ni lumière ni câbles, ce qui le rend idéal pour les applications sous-marines. Les tests en laboratoire ont confirmé la faisabilité du concept, et la prochaine étape consiste à valider le fonctionnement du convertisseur avec le déchet radioactif et les équipements associés. Si les essais sont concluants, la production d'énergie à grande échelle est prévue pour 2028.

Enjeux militaires et océaniques

L'armée américaine, notamment la marine, rencontre régulièrement des problèmes d'autonomie pour ses véhicules sous-marins autonomes, dont les missions sont souvent interrompues faute d'électricité. Le Pentagone a donc financé ce projet pour sécuriser l'approvisionnement énergétique de ses équipements en mer. Selon John Michael Richardson, ancien commandant en chef de la marine américaine (2015-2019), l'accès à une énergie fiable en milieu maritime est essentiel pour maintenir la supériorité technologique des États-Unis. À plus long terme, cette technologie pourrait aussi servir à alimenter des capteurs océaniques, facilitant la surveillance des fonds marins et la compréhension des écosystèmes. Le projet s'inscrit dans une démarche plus large de développement de l'énergie radio-isotopique, une technologie déjà testée dans les années 1960 pour des bouées lumineuses.

Ce que ça pourrait changer

Zeno Power prévoit de tester le fonctionnement complet de la source de chaleur au *strontium 90* avec le convertisseur d'ici la fin de l'année 2026. Si ces essais sont concluants, la production d'énergie à grande échelle est envisagée pour 2028. Ce projet pourrait marquer une avancée majeure dans la gestion des déchets nucléaires, en les transformant en une ressource utile plutôt qu'en un problème environnemental. À terme, la centrale sous-marine pourrait être déployée dans plusieurs zones océaniques, contribuant à la fois à l'autonomie énergétique des missions militaires et à la surveillance scientifique des océans. Les scientifiques soulignent que cette innovation pourrait réduire les coûts des missions sous-marines tout en limitant l'accumulation de déchets radioactifs.

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