Tous les étés du Caire
Yasmine El Rashidi est une autrice égyptienne anglophone, très proche de la scène artistique et musicale égyptienne, qui multiplie les approches de la révolution place Tahrir dont elle a été la témoin directe. Dans son premier roman, c’est par les yeux d’une petite fille, qui grandit de 1984 à 2014.
L'extrait présenté est tiré du premier roman de Yasmine El Rashidi, une autrice égyptienne anglophone. Ce roman raconte l'histoire d'une petite fille grandissant au Caire entre 1984 et 2014, à travers le prisme de la révolution de la place Tahrir dont l'autrice a été témoin direct. Le récit s'inspire des méthodes des cinéastes Jean Rouch et Edgar Morin, qui réalisaient des films en immersion avec les populations. Le roman sera publié chez Ròt-Bò-Krik, traduit par Grégory Pierrot et Jean-Baptiste Naudy. L'histoire se déroule principalement dans un cadre familial au Caire, avec une narration centrée sur l'enfance et les petits détails du quotidien.
L'extrait commence en été 1984 au Caire, où la narratrice, une petite fille, décrit une journée étouffante dans sa maison familiale. La chaleur est intense, et sa mère, surnommée Mama, tente de s'en protéger en fermant les volets en bois et en utilisant des serviettes mouillées sur les rebords des fenêtres. Malgré ces précautions, la chaleur persiste. Mama est assise sur un sofa, téléphone en main, parlant en un mélange d'arabe et d'anglais, avec des passages en français qu'elle utilise plus fréquemment ce jour-là. La petite fille, assise à ses pieds, regarde la télévision sans le son, changeant de chaîne sans succès, car les émissions pour enfants sont rares et limitées. Un ventilateur en métal, hérité de sa grand-mère (Mamie), ronronne dans un coin de la pièce, couvrant parfois les conversations.
La relation entre la narratrice et sa mère est marquée par des incompréhensions et des tensions subtiles. Mama critique le choix d'avoir un chat persan, Ossi, ramené par le père (Baba) pour l'anniversaire de sa fille. Elle préfère les chats locaux, appelés baladi. Le père, allergique aux chats, ne touche plus à l'animal après son adoption. La petite fille, qui voulait l'appeler Tout-Doux, voit son souhait ignoré. Ces détails révèlent les différences culturelles et générationnelles au sein de la famille, ainsi que les dynamiques de pouvoir entre les parents. La scène se déroule dans un contexte où les rôles traditionnels et modernes s'entrechoquent, notamment à travers l'éducation des enfants et les choix domestiques.
Plusieurs éléments dans cet extrait servent de symboles ou de détails révélateurs. Le ventilateur en métal de *Mamie*, qui cliquette et ronronne, représente à la fois la persistance du passé et l'effort pour atténuer la chaleur, physique et émotionnelle. Le chat *Ossi*, nommé *Osama* par *Mama*, incarne les conflits entre les désirs de l'enfant et les normes familiales. La télévision, sans son et avec des chaînes limitées, reflète les contraintes et les limites imposées à la narratrice. Ces détails, apparemment anodins, construisent une atmosphère où se mêlent chaleur estivale, tensions familiales et attentes sociales, tout en préparant le terrain pour les futurs bouleversements politiques et sociaux que l'autrice explore dans son œuvre.

