Pas facile de réglementer le « far west » de la revente des billets de spectacles
Les nouvelles règles resserrant la revente de billets sont entrées en vigueur aujourd’hui au Québec..
Depuis le 9 septembre 2026, le Québec applique trois nouvelles règles pour encadrer la revente de billets de spectacles en ligne, afin de limiter les dérives observées ces dernières années. Ces mesures visent à rendre le processus plus transparent et à protéger les consommateurs. Les plateformes de revente comme Ticketmaster, Billets.ca, StudHub ou SeatGeek doivent désormais clairement s’identifier comme telles et afficher un lien vers la billetterie officielle du spectacle, en précisant que le prix y est souvent moins élevé. Le prix initial du billet doit être indiqué, ainsi que tous les frais supplémentaires avant le paiement. De plus, le nom du dernier propriétaire du billet doit être vérifié pour éviter les fraudes. Enfin, si un revendeur souhaite vendre un billet à un prix supérieur au prix initial, il doit obtenir une autorisation écrite du producteur ou du diffuseur du spectacle.
Les nouvelles règles ont pour but de protéger les fans de spectacles, souvent désorientés par des prix gonflés ou des pratiques trompeuses. Selon Jean-François Renaud, PDG de Concertium et président du conseil d’administration de l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo), ces mesures constituent un progrès pour garantir que les consommateurs paient un prix équitable. Il souligne que les artistes et leurs équipes sont également lésés par la spéculation, car les billets se retrouvent à des prix inaccessibles pour les vrais admirateurs. L’objectif est donc de rétablir une certaine équité dans un marché auparavant comparé à un far west, où les règles étaient quasi inexistantes.
Malgré ces avancées, plusieurs observateurs, comme François Colbert, professeur à HEC Montréal, estiment que la loi ne va pas assez loin. Il compare la situation du Québec à celle de l’Ontario, où la revente à profit est interdite. Colbert critique notamment le fait que la demande d’autorisation écrite pour augmenter les prix des billets puisse être facilement contournée, car Live Nation (un géant du secteur) est à la fois producteur de spectacles, exploitant de salles et propriétaire de Ticketmaster, la principale plateforme de vente et de revente. Cette situation crée un conflit d’intérêts, car Live Nation pourrait théoriquement s’autoriser lui-même à revendre des billets à des prix plus élevés. Colbert aurait préféré que la loi interdise la tarification dynamique (pratique consistant à ajuster les prix en temps réel en fonction de la demande) et prévoie des pénalités plus sévères pour les contrevenants.
L’adoption de ces nouvelles règles a été accélérée par un incident marquant : la revente des 15 000 billets pour la cérémonie d’hommage national à Karl Tremblay, chanteur des Cowboys Fringants, au Centre Bell en 2025. Ces billets, initialement vendus à un prix standard, se sont retrouvés sur des sites de revente à plus de 500 $ chacun, soit bien au-delà de leur valeur initiale. Cet événement a révélé les failles du système et poussé les autorités à agir. Par ailleurs, plusieurs plateformes de revente ont déjà fait l’objet d’actions en justice : Ticketmaster est poursuivi pour avoir gonflé ses frais de service, tandis que Billets.ca a plaidé coupable d’avoir exercé la revente sans autorisation légale. Ces affaires illustrent les dérives persistantes dans le secteur.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans ce dossier. *Live Nation* est un géant du secteur, présent à la fois comme producteur de spectacles, exploitant de salles (comme le *Centre Bell*) et propriétaire de *Ticketmaster*, la principale plateforme de vente et de revente de billets au Québec. Cette concentration du pouvoir suscite des critiques, car elle limite la concurrence et facilite les conflits d’intérêts. D’autres entreprises, comme *Billets.ca*, *StubHub* ou *SeatGeek*, sont des acteurs majeurs de la revente en ligne. Enfin, des institutions comme l’*ADISQ* et des professeurs comme François Colbert représentent des voix critiques, soulignant les lacunes de la réglementation actuelle. Le gouvernement québécois, à l’origine de la loi, cherche à équilibrer les intérêts des consommateurs, des artistes et des entreprises du secteur.

