Mehta, Tennstedt, Weissenberg: l’art, la manière et le marché
Destinée et legs de trois artistes en vue, analysés à travers trois coffrets récemment réédités..
L’article analyse le legs de trois figures marquantes de la musique classique à travers trois coffrets réédités : le chef d’orchestre Zubin Mehta (né en 1936), le chef Klaus Tennstedt (1926-1998) et le pianiste Alexis Weissenberg (1929-2012). Ces artistes ont connu des parcours très différents, tant sur le plan artistique que géographique. Mehta, d’origine indienne, a dirigé l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) de 1961 à 1967 avant de s’imposer comme une figure internationale, notamment à Los Angeles et Vienne. Tennstedt, issu de l’Allemagne de l’Est, a émergé tardivement après sa fuite vers l’Ouest en 1971, devenant une icône à Londres. Weissenberg, pianiste français, a bénéficié d’une carrière médiatisée, souvent associée à des collaborations prestigieuses comme celles avec Herbert von Karajan. Leurs destins illustrent les dynamiques du marché de la musique classique et les aléas de la postérité artistique.
Zubin Mehta est présenté comme un surdoué ayant étudié la direction d’orchestre à l’Académie de musique de Vienne dès 1954. Il a terminé deuxième au concours Koussevitzky à Tanglewood en 1958, derrière Claudio Abbado, avant d’être repéré par Charles Munch, qui l’a recommandé à l’OSM. À seulement 25 ans, il devient directeur musical de l’OSM (1961-1967). Sa carrière discographique a débuté chez Decca, puis CBS/Columbia (devenu Sony) et Teldec (Warner). Mehta est associé à des œuvres monumentales comme la 9e Symphonie de Bruckner ou Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss. Le coffret The Philharmonic Edition (57 CD, Decca) regroupe ses enregistrements avec des orchestres comme le Philharmonique de Vienne ou celui d’Israël, couvrant des opéras (Puccini) et des concertos (Saint-Saëns, Chopin). Ses meilleures interprétations datent des années 1960 à 1980, période où il était considéré comme une « valeur sûre » pour l’industrie phonographique.
Klaus Tennstedt, né en 1926 en Allemagne de l’Est, a passé une grande partie de sa carrière dans l’ombre derrière le rideau de fer. Il a fui vers l’Ouest en 1971 après un concert à Göteborg, avant de diriger des orchestres comme ceux de Kiel, Toronto, Boston et Cleveland. En 1983, il devient directeur musical du Philharmonique de Londres, où sa gestuelle aérienne et son exigence musicale en font une légende. Sa carrière discographique commence en 1977 avec des enregistrements chez Warner Classics, notamment une intégrale des symphonies de Mahler. Diagnostiqué d’un cancer de la gorge en 1985, il doit abandonner la direction en 1987 et meurt en 1998. Le coffret The Complete Warner Classics Edition (41 CD) rassemble ses enregistrements, marqués par une intensité rare. Son parcours illustre le contraste entre une gloire tardive et une carrière écourtée par la maladie.
Alexis Weissenberg, pianiste français né en 1929 et décédé en 2012, a bénéficié d’une carrière médiatisée et de collaborations prestigieuses, notamment avec Herbert von Karajan et l’agent Michel Glotz. Le coffret The Complete Warner Classics Edition (37 CD) regroupe ses enregistrements, souvent critiqués pour leur percussivité et leur manque de subtilité dans l’interprétation des œuvres de Bach, Beethoven ou Chopin. L’article souligne l’écart entre son aura de grand virtuose et la réception actuelle de son jeu, jugé trop technique et peu nuancé. Cette rééditions invite à une réflexion sur les mécanismes de la postérité artistique et le rôle des agents dans la construction des carrières. L’auteur s’interroge sur les talents méconnus qui n’ont pas eu la même visibilité que Weissenberg.
L’article mentionne un contexte favorable aux rééditions de musique classique à l’automne 2026, avec des sorties majeures de **Universal** et **Warner**. **Sony**, qui dominait auparavant ce marché avec des coffrets annuels, a réduit ses activités dans ce domaine en supprimant son équipe dédiée. Les coffrets analysés (Mehta, Tennstedt, Weissenberg) illustrent cette dynamique, où les labels cherchent à occuper le créneau des collectionneurs. Les rééditions permettent de redécouvrir des enregistrements historiques, mais aussi de questionner les critères de sélection des artistes mis en avant. Le marché reste dominé par quelques grands noms, tandis que d’autres talents, comme ceux de Tennstedt ou Weissenberg, bénéficient d’une reconnaissance posthume inégale.

