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L’Éboulis de Rimouski, une catastrophe qui a marqué les esprits

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 13 h

Il y a 75 ans, deux glissements de terrain emportaient des terres cultivables, des arbres et des bâtiments..

Deux glissements en août

En août 1951, deux glissements de terrain majeurs surviennent coup sur coup dans le quartier Sainte-Odile de Rimouski, une ville du Québec située le long de la rivière Rimouski. Le premier se produit le vendredi 3 août en soirée, après plusieurs jours de pluies abondantes. Une importante quantité d’argile grise, un sol meuble et instable, s’écoule alors vers la rivière, entraînant avec elle des arbres et des rochers. Le deuxième glissement, bien plus important, a lieu dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 août. Ces événements naturels, surnommés l’Éboulis de Rimouski, ne font aucune victime humaine mais causent des dégâts matériels considérables. Le sol argileux de la région, déjà fragile, s’est affaissé sous l’effet de l’érosion et de la saturation en eau, déclenchant ces catastrophes. La rivière Rimouski, normalement un cours d’eau paisible, se retrouve partiellement obstruée par les débris, provoquant des inondations locales.

Conséquences immédiates

Les deux glissements de terrain bloquent le lit de la rivière Rimouski, entraînant une montée des eaux de 9 à 10 mètres. Quatre maisons du quartier Sainte-Odile sont inondées et plusieurs bâtiments agricoles du quartier Nazareth, situé de l’autre côté de la rivière, sont détruits. Environ 765 000 mètres cubes d’argile sont déplacés, soit l’équivalent de 306 piscines olympiques. Les infrastructures locales subissent également des dommages : des lignes téléphoniques et électriques sont détruites, tout comme l’un des barrages de la compagnie Price Brothers, une entreprise forestière importante de la région. Les coûts des dégâts sont estimés à 500 000 $ de l’époque, ce qui équivaudrait à environ 6 millions de dollars aujourd’hui. Les travaux d’urgence, comme le creusement d’un chenal artificiel pour évacuer l’eau, sont interrompus par le deuxième glissement et doivent être repris plus tard.

Réactions et mémoire collective

La catastrophe attire une foule de curieux, comme Louis Arsenault, un jeune menuisier de 20 ans qui habite alors Rimouski. Avec ses amis, il se rend sur place pour observer les dégâts malgré les restrictions d’accès. Arsenault, aujourd’hui âgé de 95 ans, se souvient encore de l’événement et de la frustration des habitants face à une série de catastrophes qui s’abattent sur la ville, dont un grand incendie en 1950. Pour commémorer ces événements, une rue et un sentier, L’Éboulis, ont été nommés en mémoire de la catastrophe. La Société rimouskoise du patrimoine a également installé un panneau explicatif dans le cadre de son circuit rivière, un parcours historique retraçant l’histoire de Rimouski à travers son cours d’eau. Aujourd’hui, le quartier Sainte-Odile reste non construit dans cette zone à risque.

Origines géologiques

Le professeur Jacques Locat, géologue émérite de l’Université Laval, explique que le secteur de Rimouski est naturellement propice aux glissements de terrain en raison de la présence d’argile grise, un sol instable qui se liquéfie sous l’effet de l’eau. L’érosion des berges de la rivière, combinée à des pluies abondantes, a fragilisé le terrain. Le premier glissement a créé une falaise abrupte, rendant le sol encore plus instable et provoquant un deuxième effondrement trois jours plus tard, deux fois plus important que le premier. Des archives montrent que des glissements similaires se sont déjà produits dans la région, notamment en 1853, avant même la construction d’un barrage en amont. Après la catastrophe de 1951, le gouvernement du Québec a envoyé des ingénieurs pour évaluer les risques et superviser les travaux de stabilisation, qui se sont poursuivis pendant plusieurs mois.

Ce que ça pourrait changer

Les dégâts matériels, bien que limités en vies humaines, ont eu un impact économique significatif pour Rimouski en 1951. La destruction de bâtiments, la coupure des infrastructures et les coûts des travaux de nettoyage et de reconstruction ont représenté une charge financière importante pour la ville et les entreprises locales, comme la *Price Brothers*. Le quartier Sainte-Odile, touché par les inondations, a été évacué et n’a pas été reconstruit dans cette zone à risque. Aujourd’hui, le souvenir de l’Éboulis de Rimouski reste ancré dans la mémoire collective, notamment grâce aux récits des habitants comme Louis Arsenault et aux initiatives de préservation historique. La catastrophe a également mis en lumière les dangers liés à l’urbanisation dans des zones géologiquement instables, un enjeu toujours d’actualité pour les villes riveraines.

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