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Environnement

Le nouveau tourisme pour riches : survoler les pôles avant qu'ils n'aient totalement fondu

Reporterre · mis à jour il y a 24 j

Pendant que la France étouffe sous la canicule, ceux qui peuvent se le permettre participent au boom du tourisme polaire. En contribuant à réchauffer la planète avec ces croisières aériennes, ils détruisent les paysages qu'ils observent.

Tourisme polaire en hausse

Le tourisme vers les régions polaires, notamment l’Arctique et l’Antarctique, connaît une croissance marquée depuis les années 2010. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le nombre de visiteurs dans ces zones a augmenté de 20 % entre 2015 et 2019, atteignant environ 50 000 personnes par an pour l’Antarctique. Ce phénomène s’explique par la démocratisation des croisières polaires et l’attrait pour des destinations perçues comme « dernières terres vierges ». Les touristes, souvent issus de pays riches comme les États-Unis, l’Europe ou la Chine, recherchent des expériences extrêmes ou exclusives, comme l’observation des glaciers ou des animaux emblématiques comme les ours polaires ou les manchots. Cependant, cette hausse soulève des questions sur son impact environnemental et son rôle dans l’accélération de la fonte des glaces.

Fonte accélérée des pôles

Les régions polaires subissent un réchauffement climatique deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, un phénomène appelé amplification polaire. En Arctique, la banquise a perdu 13 % de sa surface par décennie depuis 1980, selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). En Antarctique, la fonte des glaciers s’accélère : entre 2002 et 2020, le continent a perdu 150 milliards de tonnes de glace par an, contribuant à une élévation du niveau des mers de 0,4 millimètre par an. Cette disparition progressive des glaces réduit l’habitat des espèces locales et perturbe les écosystèmes, tout en rendant certaines zones plus accessibles aux navires touristiques. Les scientifiques alertent sur le risque d’un emballement climatique si ces tendances se poursuivent.

Acteurs du tourisme polaire

Le secteur est dominé par des compagnies spécialisées comme Quark Expeditions, Ponant ou Hurtigruten, qui proposent des croisières luxueuses vers l’Arctique ou l’Antarctique. Ces voyages, vendus entre 10 000 € et 50 000 € par personne, incluent souvent des excursions en hélicoptère ou en petit avion pour survoler les paysages. Les touristes sont majoritairement des clients aisés, motivés par le prestige ou l’urgence de voir ces paysages avant leur disparition. Certains acteurs, comme l’Association internationale des opérateurs de tourisme de l’Antarctique (IAATO), tentent de réguler l’activité en limitant le nombre de visiteurs ou en imposant des règles environnementales, mais leur influence reste limitée face à la demande croissante.

Impacts environnementaux

Le tourisme polaire contribue à la dégradation des écosystèmes fragiles des pôles. Les navires émettent des gaz à effet de serre, comme le CO₂, et des particules fines, aggravant le réchauffement local. En Arctique, les croisières perturbent la faune, notamment les ours polaires, tandis qu’en Antarctique, le passage répété de bateaux peut introduire des espèces invasives ou endommager les colonies de manchots. Une étude de l’Université de Californie estime que chaque visiteur en Antarctique génère en moyenne 5 tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles d’un Européen moyen. Ces activités accélèrent aussi la fonte des glaces en raison des vagues créées par les navires et de la chaleur dégagée par les moteurs.

Régulation et controverses

Face à ces enjeux, des voix s’élèvent pour encadrer ce tourisme. En 2016, l’Accord de Madrid, signé par 29 pays, a renforcé la protection de l’Antarctique en interdisant les activités minières et en limitant le nombre de touristes. Cependant, cet accord ne s’applique pas à l’Arctique, où les réglementations dépendent des États riverains comme la Russie, le Canada ou la Norvège. Certains écologistes, comme ceux de l’ONG Greenpeace, dénoncent un « tourisme de la dernière chance » qui banalise la destruction des pôles. D’autres, comme l’OMT, prônent un tourisme « durable », mais les mesures concrètes restent rares, faute de consensus international.

Ce que ça pourrait changer

Les projections climatiques suggèrent que les pôles pourraient être libres de glace en été dès 2050, selon le **GIEC**. Cette perspective pousse certains voyageurs à accélérer leur projet de visiter ces régions, créant un marché pour des expériences toujours plus extrêmes, comme les survols en hélicoptère ou les expéditions en motoneige. Des entreprises comme **Ice Warrior** proposent déjà des voyages « avant la fin », avec des slogans comme « Voyez-le avant qu’il ne disparaisse ». Cependant, cette course contre la montre soulève des questions éthiques : faut-il encourager un tourisme qui précipite la disparition des paysages qu’il prétend célébrer ? Les débats sur la responsabilité des acteurs du secteur et des voyageurs s’intensifient, sans solution claire à l’horizon.

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