Maladies auto-immunes : les femmes reçoivent plus de diagnostics psychosomatiques
Une étude portant spécifiquement sur les maladies auto-immunes met en évidence le fort écart genré en matière de diagnostics erronés. Les femmes ont notamment plus de risques de se voir déceler un trouble psychologique inexistant..
Les maladies auto-immunes sont des affections où le système immunitaire, chargé normalement de défendre l’organisme contre les infections, se retourne contre les propres tissus du corps. Parmi les exemples les plus connus, on trouve la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde ou encore le lupus. Ces maladies touchent entre 5 et 10 % de la population mondiale, mais leur répartition est très inégale selon le sexe. En effet, 80 % des personnes atteintes sont des femmes. L’étude citée dans l’article se concentre spécifiquement sur ces maladies pour analyser les biais de diagnostic dont elles font l’objet.
Une étude publiée le 12 octobre 2026 dans la revue The Lancet eClinicalMedicine révèle que les femmes atteintes de maladies auto-immunes ont un risque accru de recevoir un diagnostic erroné, notamment de trouble psychosomatique ou de problème psychologique. Les chercheurs ont comparé les erreurs de diagnostic entre hommes et femmes, en tenant compte de facteurs comme l’âge, le type de maladie, le continent ou le niveau financier du foyer. Résultat : les femmes présentent 46 % de risques en plus d’être victimes d’une erreur de diagnostic psychiatrique et 74 % de se voir attribuer à tort un diagnostic psychosomatique par rapport aux hommes. Ces diagnostics psychosomatiques désignent des affections où les symptômes physiques sont attribués à tort à des causes psychologiques, alors qu’ils sont bien réels et liés à une maladie physique.
L’article met en lumière un problème plus large : les biais de genre dans le domaine médical. Malgré des symptômes identiques, les femmes sont plus souvent orientées vers des consultations en santé mentale ou des diagnostics de troubles psychologiques, alors que les hommes bénéficient plus fréquemment d’un diagnostic de maladie physique. Ce phénomène s’explique en partie par des stéréotypes persistants selon lesquels les femmes seraient plus sujettes à l’anxiété ou à la dépression. Pourtant, dans le cas des maladies auto-immunes, ces symptômes sont bien réels et nécessitent une prise en charge adaptée. Les chercheurs soulignent l’importance de sensibiliser les professionnels de santé à ces biais pour éviter des retards de diagnostic et des traitements inappropriés.
Les conséquences de ces diagnostics erronés peuvent être graves pour les femmes concernées. Un retard dans l’identification d’une maladie auto-immune comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde peut aggraver l’état de santé et compliquer le traitement. Les patientes risquent en effet de recevoir des soins inadaptés, comme des antidépresseurs ou des thérapies psychologiques, alors qu’elles ont besoin d’un suivi médical ciblé. De plus, ces erreurs peuvent entraîner une perte de confiance dans le système de santé et un sentiment d’incompréhension face à des symptômes réels mais non reconnus. L’étude souligne ainsi l’urgence d’améliorer la formation des médecins pour réduire ces disparités.
Face à ces constats, les auteurs de l’étude appellent à une meilleure prise en compte des différences de genre dans la pratique médicale. Ils recommandent notamment de systématiser des examens approfondis pour les femmes présentant des symptômes évocateurs de maladies auto-immunes, afin d’éviter les erreurs de diagnostic. Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité de former davantage les professionnels de santé aux biais inconscients qui influencent leurs décisions. Enfin, ils soulignent l’importance de sensibiliser le grand public à ces enjeux pour encourager les patientes à demander des bilans complets et à ne pas hésiter à consulter plusieurs médecins si leurs symptômes persistent.

