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Environnement

La Coordination rurale appelle à désobéir aux interdictions d'arroser en pleine sécheresse

Reporterre · mis à jour il y a 13 j

Des champs arrosés toute la journée en plein cagnard… Cela va encore se voir, même dans les départements soumis à des restrictions d'eau par les arrêtés sécheresse des préfectures. Le syndicat la Coordination rurale — dont des figures sont proches de l'extrême droite —, visiblement ragaillardi par l'adoption de la loi d'urgence agricole, appelle à ne pas les respecter, dans un communiqué publié le 22 juillet intitulé « Paysans de France, irriguez pour vous sauver ! ».

Crise de sécheresse en France

En 2023, la France fait face à une sécheresse exceptionnelle, marquée par des restrictions d’eau dans de nombreuses régions. Ces mesures, prises par les préfets et les collectivités locales, visent à préserver les ressources hydriques face à des niveaux de nappes phréatiques historiquement bas. Selon les données de l’Observatoire national des étiages, 70 % des départements français étaient concernés par des restrictions d’arrosage en juillet 2023. Ces restrictions s’appliquent notamment à l’agriculture, un secteur particulièrement gourmand en eau, représentant environ 58 % des prélèvements d’eau douce en France. Les agriculteurs doivent alors adapter leurs pratiques, mais ces contraintes aggravent leurs difficultés économiques déjà importantes.

Appel de la Coordination rurale

La Coordination rurale (CR), un syndicat agricole français, a appelé les agriculteurs à ne pas respecter les interdictions d’arrosage en période de sécheresse. Ce syndicat, qui défend les intérêts des agriculteurs familiaux et des petites exploitations, justifie cette position par la nécessité de préserver les récoltes et les revenus des agriculteurs. La CR argue que les restrictions sont disproportionnées et menacent la survie de nombreuses exploitations, déjà fragilisées par la hausse des coûts de production et les aléas climatiques. Elle dénonce également une gestion de l’eau jugée inefficace par les pouvoirs publics. Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les agriculteurs et les autorités sur la question de la gestion de l’eau.

Risques et enjeux de la désobéissance

Le non-respect des restrictions d’arrosage expose les agriculteurs à des sanctions administratives ou pénales, pouvant aller jusqu’à des amendes de plusieurs milliers d’euros. Par exemple, en 2022, un agriculteur du Tarn a été condamné à une amende de 5 000 € pour avoir irrigué ses cultures malgré une interdiction préfectorale. Au-delà des risques juridiques, cette désobéissance soulève des questions éthiques et environnementales. Les associations de protection de l’environnement, comme France Nature Environnement, alertent sur les conséquences à long terme de ces pratiques, qui pourraient aggraver la raréfaction de l’eau et menacer les écosystèmes. La CR, de son côté, met en avant la nécessité de trouver un équilibre entre préservation des ressources et survie économique des agriculteurs.

Réactions des pouvoirs publics

Face à l’appel de la CR, les autorités locales et nationales ont réagi avec fermeté. Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a rappelé que les restrictions d’arrosage étaient « indispensables pour éviter une crise hydrique majeure ». Il a également souligné que des aides financières et techniques étaient mises à disposition des agriculteurs pour les aider à s’adapter, comme des subventions pour l’achat de matériel d’irrigation plus économe en eau. Cependant, ces mesures sont jugées insuffisantes par la CR, qui demande une refonte complète de la politique de gestion de l’eau en France. Les préfets, quant à eux, ont réaffirmé leur volonté de faire respecter les restrictions, tout en appelant au dialogue avec les agriculteurs pour trouver des solutions pragmatiques.

Ce que ça pourrait changer

Cette crise s’inscrit dans un contexte politique et social tendu, marqué par des mouvements de protestation des agriculteurs contre les politiques environnementales perçues comme trop contraignantes. En 2023, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs régions pour dénoncer les restrictions d’eau, mais aussi les normes environnementales et les coûts de production. La CR, qui représente environ 10 % des agriculteurs français, est un acteur clé de ces mobilisations. Elle critique notamment la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, qu’elle juge inadaptée aux réalités des petites exploitations. Cette crise de l’eau illustre ainsi les tensions entre impératifs économiques, sociaux et environnementaux dans le secteur agricole.

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