La France doit-elle supprimer le délai de prescription pour les crimes sexuels ?
Une femme allemande accuse un collaborateur de Jeffrey Epstein de l’avoir violée à Paris en 1986, rapporte l’hebdomadaire allemand “Der Spiegel”. Mais lorsque la victime a porté plainte, en 2026, les faits étaient prescrits.
En mai 2025, une femme nommée Anna, aujourd'hui âgée de 59 ans, se rend dans un commissariat de police à Paris pour porter plainte pour un viol dont elle affirme avoir été victime en 1986, alors qu'elle était âgée de 20 ans. Originaire d'Allemagne, elle travaillait comme au pair (jeune fille au pair, c'est-à-dire une personne venue d'un pays étranger pour s'occuper d'enfants en échange d'un logement et d'un petit salaire) en France. Elle raconte avoir été abordée dans la rue par un homme qui lui a proposé de devenir mannequin, avant de l'agresser sexuellement chez elle sous un prétexte fallacieux. Anna n'a pu en parler que des années plus tard, et n'a porté plainte qu'en 2026, après avoir appris dans un article du Spiegel (hebdomadaire allemand) que cet homme était un proche collaborateur de Jeffrey Epstein, un investisseur américain condamné pour trafic sexuel de mineures. Quarante ans se sont écoulés entre les faits et la plainte.
En France, le délai de prescription pour les crimes sexuels est actuellement de 20 ans à partir de la majorité de la victime (soit jusqu'à 38 ans pour une victime mineure). Cela signifie qu'une plainte pour viol doit être déposée dans ce délai, sous peine d'être irrecevable. Dans le cas d'Anna, qui a porté plainte 40 ans après les faits, la justice française ne peut plus engager de poursuites, car le délai est dépassé. Ce délai vise à protéger les accusés d'accusations trop anciennes, où les preuves pourraient être moins fiables, mais il est souvent critiqué pour les crimes sexuels, où les victimes mettent parfois des décennies à parler en raison de la honte, de la peur ou de l'emprise psychologique.
Jeffrey Epstein était un investisseur américain condamné en 2008 pour trafic sexuel de mineures. Ses activités, révélées par des enquêtes journalistiques et judiciaires, ont mis en lumière un réseau d'abus sexuels impliquant des dizaines de victimes, dont certaines mineures. Un article du Spiegel en 2026 a révélé qu'Anna avait croisé un homme lié à Epstein, qui aurait présenté plusieurs femmes à ce dernier. Cet homme, dont l'identité n'est pas précisée dans l'article, est décrit comme un proche collaborateur d'Epstein. Cette information a poussé Anna à porter plainte, mais trop tard pour que la justice française puisse agir.
L'article mentionne brièvement que l'Allemagne est également confrontée à des débats sur la prescription des viols, notamment à travers l'affaire Claudia Wuttke. Cette affaire, non détaillée dans le texte, relance les discussions sur la nécessité de supprimer ou d'allonger les délais de prescription pour les crimes sexuels. En Allemagne, comme en France, les victimes de violences sexuelles mettent souvent des années, voire des décennies, à parler, en raison des traumatismes subis. Le cas d'Anna illustre ce phénomène, où le temps écoulé entre les faits et la plainte rend la justice impossible sous les règles actuelles.
Le cas d'Anna soulève une question centrale : faut-il supprimer le délai de prescription pour les crimes sexuels en France ? Les partisans de cette mesure estiment que les victimes doivent pouvoir porter plainte à tout moment, surtout lorsque les faits sont liés à des réseaux criminels comme celui d'Epstein. Les opposants craignent que l'absence de délai ne rende les procédures judiciaires impossibles en raison de l'absence de preuves ou de témoignages fiables après plusieurs décennies. En France, le débat est relancé par des affaires comme celle des *viols de Mazan*, où des victimes ont porté plainte des années après les faits, mais se heurtent à l'irrecevabilité de leur plainte en raison des délais.

