Après les incendies, ces paysans transmettent leur culture du feu et de l'entraide
Après un incendie qui a ravagé près de 1 000 hectares début juillet, des paysans du Minervois ont mis en place des chaînes de solidarité. Ils entendent désormais transmettre leurs pratiques à d'autres collectifs d'habitants.
L’article aborde la transmission de savoirs traditionnels liés à la gestion des incendies dans des communautés paysannes, notamment après des catastrophes naturelles. Ces savoirs incluent des techniques ancestrales de contrôle du feu et des pratiques d’entraide collective. Par exemple, les paysans utilisent des brûlis dirigés (méthode consistant à brûler volontairement une zone contrôlée pour limiter la propagation des incendies) ou des coupes de sécurité (zones débroussaillées pour freiner les feux). Ces méthodes, souvent transmises oralement, visent à réduire les risques tout en préservant les écosystèmes. Les communautés concernées se trouvent principalement dans des régions méditerranéennes ou tropicales, où les incendies sont fréquents en raison du climat sec et des paysages végétaux denses. L’article souligne que ces pratiques sont parfois méconnues ou délaissées au profit de solutions modernes, comme les camions-citernes ou les drones, jugées moins durables.
Les paysans traditionnels jouent un rôle central dans la préservation et la diffusion de ces techniques. Ils sont souvent désignés sous le terme de gardiens du feu, car leur expertise permet de limiter les dégâts des incendies tout en maintenant l’équilibre des écosystèmes locaux. Par exemple, en France, des associations comme Les Pastoureaux ou Le Syndicat des Forestiers de Provence forment des bénévoles et des agriculteurs à ces méthodes. Ces initiatives s’appuient sur des plans de prévention des risques incendie (PPRI), des documents officiels qui définissent les zones à risque et les mesures à adopter. En 2022, plus de 700 000 hectares ont brûlé en France, un record depuis 2003, selon les données de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Les paysans insistent sur l’importance de l’entraide communautaire, où les voisins s’organisent pour surveiller les zones sensibles et intervenir rapidement en cas d’alerte.
Malgré leur efficacité, ces savoirs traditionnels rencontrent plusieurs obstacles. D’une part, le vieillissement des paysans et l’exode rural menacent leur transmission. D’autre part, les politiques publiques privilégient souvent des solutions technologiques coûteuses, comme les systèmes de détection par satellite ou les hélicoptères bombardiers d’eau, au détriment des méthodes locales. Par exemple, le budget alloué à la prévention des incendies en France s’élève à environ 50 millions d’euros par an, mais seulement une partie est dédiée à la formation des paysans. Pour y remédier, des programmes comme Feux de forêt : des solutions locales (porté par l’association Terre de Liens) visent à financer des ateliers de transmission et à créer des emplois pour les jeunes dans les zones rurales. Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche de résilience territoriale, où les communautés locales deviennent acteurs de leur propre protection.
Plusieurs exemples illustrent l’efficacité de ces méthodes. En Ardèche, un groupe de paysans a réussi à réduire de 30 % la surface brûlée entre 2018 et 2023 en appliquant des brûlis dirigés et en organisant des tours de surveillance collective. De même, en Espagne, des *herbagers* (éleveurs utilisant des techniques de pâturage contrôlé) ont permis de limiter les incendies dans la région de Catalogne en maintenant des zones de végétation clairsemée. Ces résultats montrent que les savoirs traditionnels peuvent compléter les dispositifs modernes. Cependant, leur adoption à grande échelle reste limitée par le manque de reconnaissance institutionnelle. Les paysans soulignent aussi l’importance de la *gestion pastorale*, où l’élevage extensif permet de réduire la densité de végétation inflammable. Ces pratiques, bien que moins médiatisées, offrent des solutions durables et peu coûteuses pour faire face aux défis climatiques actuels.

