Dans l’est de l’Angola, la guerre a bouleversé des siècles de gestion du feu
L’ESSENTIEL Dans l’est de l’Angola, les feux ont diminué de 36 % pendant la guerre civile, contrairement à ce qui est observé dans la plupart des conflits. La guerre a bouleversé les pratiques traditionnelles de brûlage et leur transmission entre générations.
L’est de l’Angola, notamment la province de Moxico, est une région isolée et peu étudiée malgré sa riche biodiversité. Après son indépendance du Portugal en 1975, l’Angola a été plongé dans une guerre civile de 27 ans, l’un des conflits les plus longs d’Afrique. Depuis la fin de la guerre en 2002, le développement s’est concentré sur la capitale, Luanda, laissant l’est du pays marginalisé avec des infrastructures rares et des zones encore minées. Cette région abrite des écosystèmes uniques comme les forêts de miombo et des prairies, ainsi que des communautés rurales dépendant de l’agriculture de subsistance et de la récolte de ressources forestières comme le miel.
Les communautés locales utilisent le feu depuis des siècles comme outil de gestion des terres. Les brûlages contrôlés servent à défricher les champs, favoriser la croissance des plantes comestibles, faciliter la chasse et éloigner les animaux dangereux. Les autorités coutumières régulent ces pratiques pour éviter les incendies incontrôlés. Le feu est aussi utilisé pour produire de la fumée lors de la récolte du miel ou comme source d’énergie pour cuisiner. Ces techniques sont transmises de génération en génération et font partie intégrante de la culture locale.
Contrairement à ce qui est observé dans la plupart des conflits, la guerre civile en Angola a réduit l’usage du feu de 36 % en moyenne. Les populations étaient constamment déplacées, dépendant des ressources forestières pour survivre. Les forces armées interdisaient strictement l’usage du feu pour éviter de révéler leur position, sous peine de sanctions sévères. Les zones brûlées ont chuté de 46 % entre 1991 et 1992, une période marquée par une reprise des violences. Après 2002, les surfaces brûlées ont augmenté de 60 % par rapport à la période de guerre, revenant à un niveau proche de celui d’avant le conflit.
La guerre a bouleversé les pratiques traditionnelles de gestion du feu. Les restrictions imposées et les déplacements massifs ont fragilisé la transmission des savoirs entre générations. Aujourd’hui, l’usage du feu relève davantage de décisions individuelles que d’une gestion collective coordonnée. Les communautés ont perdu une partie de leur autonomie dans la gestion des terres, ce qui a des conséquences sur les écosystèmes et les moyens de subsistance. Les politiques de gestion actuelles doivent tenir compte de ces changements pour éviter de perturber davantage les équilibres locaux.
Pendant la guerre, la faible utilisation du feu a permis aux forêts de s’étendre et de se densifier. Après le conflit, la reprise des activités traditionnelles et l’accumulation de combustible végétal ont entraîné une forte augmentation des surfaces brûlées, dépassant parfois les niveaux d’avant-guerre. Cette hausse est interprétée comme un retour à la normale plutôt qu’une anomalie. Les politiques de gestion du feu doivent donc éviter de se baser sur la période de guerre, marquée par une activité réduite, pour éviter des stratégies inefficaces ou nuisibles aux communautés locales.
Les chercheurs soulignent la nécessité de reconnaître le feu comme un outil essentiel pour les communautés rurales, plutôt que comme une menace. Les politiques de gestion doivent intégrer les réalités socio-économiques et écologiques locales. Ignorer les traditions et les besoins des populations pourrait aggraver les déséquilibres. L’étude menée par des écologues et des chercheurs en sciences sociales des universités d’Édimbourg et de Turin, soutenue par l’*Okavango Wilderness Project*, montre que les solutions doivent être adaptées au contexte spécifique de l’est de l’Angola pour préserver à la fois les écosystèmes et les moyens de subsistance.

