Dans l’est de l’Angola, la guerre a bouleversé des siècles de gestion du feu
La guerre civile angolaise (1975-2002) a bouleversé les pratiques ancestrales de gestion du feu dans l'est du pays, où les communautés locales utilisaient traditionnellement les brûlages contrôlés pour leurs activités de subsistance. Contrairement aux conflits ailleurs dans le monde, cette région a connu une diminution drastique des zones brûlées pendant le conflit, révélant des dynamiques socio-écologiques méconnues et posant la question de l'adaptation des politiques de gestion du feu aux réalités locales.
Pourquoi la guerre civile angolaise a-t-elle réduit l'activité des feux dans l'est du pays ?
La guerre a imposé des restrictions strictes sur l'usage du feu, notamment pour éviter de révéler les positions des populations aux forces ennemies. Les déplacements forcés et la dépendance accrue aux ressources forestières ont également limité les pratiques traditionnelles de brûlage contrôlé, réduisant ainsi les zones brûlées de 36 % en moyenne par rapport à la période post-conflit (2003-2018).
Quelles étaient les pratiques traditionnelles de gestion du feu dans l'est de l'Angola avant la guerre ?
Les communautés locales utilisaient le feu de manière contrôlée pour défricher les champs, fertiliser les sols, faciliter la chasse, éloigner les serpents des villages et récolter le miel. Ces pratiques étaient régulées par les autorités coutumières et transmises entre générations, jouant un rôle central dans l'équilibre écologique et socio-économique des hauts plateaux de Moxico.
Comment la fin de la guerre a-t-elle influencé les régimes de feux dans la région ?
Après 2002, la reprise des activités traditionnelles et le retour des populations ont entraîné une augmentation de 60 % des surfaces brûlées par rapport à la moyenne enregistrée pendant le conflit. Cette hausse reflète un retour aux pratiques historiques, avec une accumulation de combustible végétal durant les années de restrictions, mais aussi une perte partielle des savoirs collectifs de gestion du feu.
Quels sont les risques d'une gestion du feu basée sur la période de guerre comme référence ?
Prendre la période de guerre comme modèle pourrait conduire à des politiques de suppression systématique des feux, ignorant les dynamiques socio-écologiques locales. Cela menacerait les moyens de subsistance des populations rurales, déjà fragilisées par la guerre, et risquerait de perturber des écosystèmes adaptés à des régimes de feux réguliers.
Ce que ça pourrait changer
Cette étude souligne la nécessité d'intégrer les réalités socio-historiques dans les politiques de gestion du feu, en reconnaissant son rôle comme outil de subsistance plutôt que comme menace. Elle invite à repenser les approches environnementales en contexte post-conflit, où les dynamiques écologiques et sociales sont profondément interconnectées. Pour les acteurs locaux et internationaux, cela implique de concilier conservation des écosystèmes et respect des pratiques communautaires, sans reproduire les erreurs du passé.

