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Environnement

25 °C au robinet : les vagues de chaleur favorisent-elles la légionellose ?

Reporterre · mis à jour il y a 19 j

41 personnes ont contracté la légionellose en Savoie, au cours de l'été. La bactérie qui cause cette grave infection pourrait trouver des conditions plus favorables à son développement dans un environnement qui se réchauffe.

Vagues de chaleur et eau

Les vagues de chaleur récentes en France ont entraîné une hausse anormale de la température de l’eau du robinet, atteignant parfois 25 °C dans certaines régions. Cette situation inhabituelle s’explique par le réchauffement climatique, qui influence directement la température des réseaux d’eau potable. Les canalisations, souvent enterrées à quelques mètres sous terre, subissent l’impact des températures extérieures extrêmes. En temps normal, l’eau circule dans des tuyaux maintenus à une température stable, généralement entre 10 °C et 15 °C, grâce à l’inertie thermique du sol. Cependant, lors des canicules, cette inertie est dépassée, et l’eau stagne plus longtemps dans les réseaux, se réchauffant progressivement.

Qu’est-ce que la légionellose

La légionellose est une infection pulmonaire grave causée par une bactérie appelée Legionella pneumophila. Cette maladie, identifiée pour la première fois en 1976 après une épidémie lors d’un congrès de la Légion américaine à Philadelphie (États-Unis), se transmet principalement par l’inhalation de micro-gouttelettes d’eau contaminée. Les symptômes ressemblent à ceux d’une grippe sévère, avec fièvre, toux et difficultés respiratoires, mais peuvent évoluer vers une pneumonie potentiellement mortelle, surtout chez les personnes fragiles comme les personnes âgées ou immunodéprimées. En France, environ 1 500 cas sont recensés chaque année, avec un taux de mortalité de 10 à 15 %.

Bactérie et température idéale

La bactérie Legionella se développe particulièrement bien dans des eaux tièdes, entre 25 °C et 45 °C. En dessous de 20 °C, elle reste inactive, et au-dessus de 60 °C, elle est détruite. Les vagues de chaleur, en faisant monter la température de l’eau dans les réseaux, créent donc un environnement favorable à sa prolifération. Les canalisations mal entretenues, où l’eau stagne ou circule lentement, amplifient ce phénomène. Les experts soulignent que même une légère augmentation de la température peut suffire à favoriser la multiplication des bactéries, surtout si le réseau n’est pas régulièrement désinfecté.

Risques accrus en France

En France, les épisodes de canicule de 2019, 2020 et 2022 ont coïncidé avec une augmentation des cas de légionellose dans certaines régions. Par exemple, en 2022, une hausse de 20 % des cas a été observée par rapport à l’année précédente, selon Santé publique France. Les zones les plus touchées sont celles où les réseaux d’eau potable sont anciens ou mal isolés, comme dans le sud du pays. Les autorités sanitaires ont alerté sur le risque accru de contamination via les douches, les tours aéro-réfrigérantes ou les systèmes de climatisation utilisant de l’eau non traitée.

Rôle des réseaux d’eau

Les réseaux d’eau potable sont conçus pour transporter l’eau depuis les stations de traitement jusqu’aux habitations. Cependant, leur état et leur entretien jouent un rôle crucial dans la prolifération des bactéries. Les canalisations en mauvais état, avec des dépôts de tartre ou de biofilm, offrent un habitat idéal aux Legionella. De plus, les périodes de faible consommation d’eau, comme pendant les vacances ou les confinements, favorisent la stagnation de l’eau dans les tuyaux, augmentant ainsi le risque de contamination. Les gestionnaires des réseaux doivent donc surveiller régulièrement la qualité de l’eau et appliquer des traitements de désinfection, comme le chlore.

Mesures de prévention

Pour limiter les risques, plusieurs mesures sont recommandées. Les gestionnaires des réseaux d’eau doivent maintenir la température de l’eau en dessous de 20 °C dans les canalisations, notamment en isolant les tuyaux ou en améliorant la circulation de l’eau. Les particuliers peuvent aussi agir en laissant couler l’eau chaude pendant quelques minutes avant de l’utiliser, surtout après une absence prolongée. Les systèmes de production d’eau chaude, comme les ballons, doivent être réglés à au moins 60 °C pour tuer les bactéries. Enfin, les tours aéro-réfrigérantes, souvent pointées du doigt, doivent être régulièrement nettoyées et désinfectées pour éviter la dispersion des Legionella dans l’air.

Surveillance sanitaire

En France, la surveillance de la légionellose est assurée par Santé publique France, qui recense les cas et publie des rapports annuels. Les médecins et les laboratoires sont tenus de déclarer tout cas confirmé à l’agence régionale de santé (ARS) concernée. Cette surveillance permet d’identifier rapidement les foyers d’infection et de mettre en place des mesures correctives. Par exemple, en 2020, une épidémie de légionellose à Paris a été liée à un système de climatisation mal entretenu, entraînant la fermeture temporaire d’un bâtiment public. Les autorités sanitaires insistent sur l’importance de cette vigilance, surtout en période de canicule.

Ce que ça pourrait changer

Le lien entre les vagues de chaleur et la hausse des cas de légionellose illustre l’impact du changement climatique sur la santé publique. Avec l’augmentation des températures moyennes et la multiplication des épisodes caniculaires, les risques de prolifération des bactéries comme *Legionella* risquent de s’aggraver. Les experts craignent une recrudescence des infections dans les années à venir, notamment dans les régions où les réseaux d’eau sont vieillissants. Cette situation souligne l’urgence d’adapter les infrastructures et les politiques de santé pour faire face à ces nouveaux défis environnementaux.

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