Après Samsung, Micron sous la menace d’une grève : faut-il s’inquiéter pour la RAM ?
Le syndicat de Micron à Taoyuan, à Taïwan, a obtenu le droit de déclencher une grève, selon les résultats du vote rapportés le 7 octobre 2026. Les salariés réclament un partage durable des bénéfices liés au boom de l’IA.
Le syndicat des employés de Micron à Taoyuan, à Taïwan, a obtenu le 7 octobre 2026 le droit de déclencher une grève après un vote interne. Parmi les 2 258 membres inscrits, 1 994 ont voté en faveur du mouvement, soit 88,3 %. Ce vote ne signifie pas encore un arrêt immédiat de la production, mais donne au syndicat le pouvoir de décider d’une grève et de son calendrier. Taïwan est le principal site de production de Micron, un géant américain des puces mémoire, ce qui rend ce conflit particulièrement important pour l’industrie mondiale.
Les salariés de Micron réclament un partage durable des bénéfices liés au boom de l’intelligence artificielle (IA). Leur syndicat demande un mécanisme permanent et transparent, attribuant 15 % du bénéfice d’exploitation de Micron aux employés du groupe dans le monde. En septembre 2026, l’entreprise a offert des primes exceptionnelles, comme un million de dollars taïwanais (environ 31 500 dollars américains) pour ses salariés taïwanais recrutés avant août 2025, mais ces primes ponctuelles ne répondent pas à leur demande de stabilité. Les négociations n’ont pas abouti lors des deux séances de médiation des 4 et 21 septembre 2026.
Le conflit chez Micron survient dans un marché de la mémoire déjà sous pression. Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires record de 54,23 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, contre 11,32 milliards un an plus tôt, grâce à la demande en puces pour l’IA. Micron prévoit que les tensions entre l’offre et la demande s’aggraveront en 2027 et 2028. Une grève prolongée pourrait donc réduire encore l’approvisionnement en RAM (mémoire vive), déjà très sollicitée par les centres de données dédiés à l’IA. Cela risquerait d’augmenter les prix pour les consommateurs.
Les salariés de Micron s’inspirent des accords obtenus par leurs homologues chez Samsung, un autre géant des puces mémoire en Corée du Sud. En mai 2026, Samsung avait évité une grève historique en acceptant de consacrer 10,5 % de son bénéfice d’exploitation à des primes spéciales pour ses employés. Cependant, ces accords ont aussi révélé des inégalités internes, car les salariés des autres divisions (smartphones, téléviseurs) ont critiqué le manque de primes équitables. Les syndicats de Micron cherchent donc à obtenir un accord similaire, mais spécifique à leur entreprise.
Une grève chez Micron à Taoyuan pourrait perturber la production de puces mémoire, car ce site est crucial pour l’entreprise. Cependant, le vote du 7 octobre 2026 ne concerne que les salariés de Taoyuan, et non l’ensemble des employés de Micron à Taïwan. Une autre médiation est prévue le 22 octobre 2026 à Taichung. Si la grève se concrétise, ses effets dépendront de sa durée, du nombre de participants et des lignes de production touchées. À ce stade, il est prématuré de parler d’un arrêt total de la production taïwanaise.

