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Géopolitique

À Ceuta, le grand bal des hypocrites

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

L’épisode de l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta a laissé derrière lui un goût particulièrement amer, constate le quotidien madrilène “El País”. Du Maroc à l’Espagne, jusqu’à l’Union européenne, toutes les parties en jeu ont fait preuve d’hypocrisie, et tout le monde sort finalement affaibli de cette affaire..

Crise migratoire à Ceuta

En août 2026, l’enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte marocaine, a connu une arrivée massive de migrants en provenance du Maroc. Cet épisode a provoqué la mort de dizaines de personnes et révélé des tensions géopolitiques entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne. Ceuta, ville de 84 000 habitants couvrant 18,5 km², est un territoire espagnol en Afrique depuis des siècles, mais son importance politique dépasse sa taille en raison de sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar. Depuis les années 1990, Ceuta et sa voisine Melilla sont des points sensibles de la politique migratoire européenne, bien que les arrivées y soient moins nombreuses que dans d’autres zones comme les îles Canaries (29 000 migrants irréguliers en 2025 contre 3 850 à Ceuta et Melilla).

Responsabilité du Maroc

Le Maroc est pointé du doigt comme le principal responsable de la crise à Ceuta, tant par ses actes que par ses omissions. Le régime marocain, connu pour son opacité, a communiqué de manière partiale et déconnectée de la réalité. Malgré la gravité de la situation, le Maroc a affirmé rester un partenaire loyal et responsable, une déclaration jugée hypocrite par l’auteur Tahar Ben Jelloun dans le média Le360. Le Maroc a également été critiqué pour ne pas avoir empêché le départ des migrants, comme en témoignent des images de candidats à l’exil marchant librement vers Ceuta, sans intervention de la police marocaine. Cette crise a révélé un malaise profond au sein de la jeunesse marocaine, souvent abandonnée par l’État selon des analyses locales.

Position de l'Espagne

Le gouvernement espagnol a dénoncé une atteinte à son intégrité territoriale, mais a évité de désigner le Maroc comme responsable direct, par crainte d’une crise diplomatique. Madrid a préféré accuser les mafias et les trafiquants d’êtres humains, une explication jugée peu convaincante. L’Espagne a également été critiquée pour des erreurs de gestion ayant empêché une anticipation de la crise. Malgré cela, l’Espagne est perçue comme une victime dans cette affaire, ayant subi un coup dur sans préavis. Le pays a fait des concessions envers le Maroc, mais en a payé le prix fort. L’Espagne est aussi un acteur clé en Europe, soutenant l’Ukraine et contribuant activement à l’UE, tout en refusant d’augmenter ses dépenses militaires à 5 % du PIB.

Réactions européennes

L’Union européenne (UE) a été marquée par des hypocrisies à plusieurs niveaux. L’Italie, dirigée par Giorgia Meloni, a suspendu temporairement l’espace Schengen, bien que la majorité des migrants à Ceuta soient retournés au Maroc et que personne ne se dirige vers l’Italie. Ceuta ne fait d’ailleurs pas partie de l’espace Schengen. Cette décision, motivée par des calculs politiques, a été soutenue par 21 gouvernements européens, mais a finalement été remise en question. D’autres pays comme le Danemark, qui avait précédemment demandé la solidarité européenne pour le Groenland, ou des États de l’Est et du Nord, ont adopté une position opportuniste, se ralliant à Meloni sans justification nationale ou européenne claire. L’UE a ainsi montré une tendance à la division plutôt qu’à la solidarité.

Hypocrisie sur Schengen

La suspension de Schengen par l’Italie a été justifiée par des risques terroristes, une préoccupation légitime, mais l’article souligne que les vrais dangers pourraient provenir d’opérations militaires controversées, comme celles d’Israël à Gaza ou en Iran, qui alimentent la haine et le ressentiment. Les gouvernements européens, en cautionnant ces actions ou en adoptant des critiques timides, participent à cette hypocrisie. L’article rappelle que les arrivées clandestines en Europe ont diminué depuis 2023, avec 180 000 entrées détectées en 2025 par Frontex, un chiffre bien inférieur à une menace civilisationnelle. L’amalgame entre migrations et crises majeures comme le changement climatique est qualifié de populisme et de malhonnêteté intellectuelle.

Conséquences géopolitiques

Cette crise a révélé un clivage entre l’Espagne, perçue positivement dans les pays du Sud pour sa position sur Gaza ou l’Iran, et son isolement en Europe. L’UE, au lieu de renforcer sa cohésion, a montré une tendance à se diviser, affaiblissant sa position face à des puissances comme la Chine, qui progresse grâce à sa stratégie à long terme, ou les États-Unis, dont les innovations technologiques menacent l’autonomie de réflexion européenne. Le Maroc, bien que perdant dans cette affaire, a révélé son incapacité à retenir sa jeunesse, tandis que l’Espagne et l’UE sortent affaiblies. Les victimes collatérales sont les migrants, dont des dizaines ont péri, et les valeurs européennes de solidarité et de coopération.

Ce que ça pourrait changer

Ceuta est une enclave espagnole en Afrique, contrôlée par l’Espagne depuis des siècles malgré son histoire mouvementée, marquée par des passages de Carthaginois, Romains, Wisigoths et Arabes. Sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar en a fait un lieu clé dès l’Antiquité. Dans les années 1990, avec l’entrée de l’Espagne dans l’espace Schengen, Ceuta a obtenu un statut particulier lui permettant de contrôler les départs vers l’Europe. Une clôture de 8 km de long et 2 m de haut a été érigée à la frontière avec le Maroc. Bien que Ceuta et Melilla ne soient pas les principaux points d’entrée des migrants (29 000 arrivées aux Canaries en 2025 contre 3 850 à Ceuta et Melilla), leur statut d’enclaves européennes sur le sol africain leur confère une visibilité et une importance symbolique majeures dans les débats migratoires.

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