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Économie

Pourquoi les jeunes actifs cherchent tant à se réorienter… sans y parvenir

Alternatives Économiques · mis à jour 2 oct.

Alors que la majorité des jeunes en emploi disent s’épanouir dans le travail, beaucoup souhaitent en changer voire se réorienter, mais n’y parviennent pas. En cause, notamment, un modèle éducatif français trop rigide..

Jeunes actifs satisfaits mais en quête

Contrairement aux idées reçues, les jeunes actifs français (sortis du système scolaire en 2017) expriment une satisfaction et un épanouissement professionnels élevés, ainsi qu’un optimisme marqué pour leur avenir. Pourtant, une part significative d’entre eux souhaite changer de poste alors qu’ils occupent déjà un emploi. Cette contradiction est au cœur d’une étude menée par le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), qui souligne que 36 % des jeunes actifs souhaitent se réorienter dès les premières années de vie professionnelle. Parmi eux, 23 % ont engagé des démarches, mais seulement 4 % ont réussi à concrétiser leur projet. La majorité des réorientations envisagées concernent un changement de métier (92 %) ou de secteur d’activité (84 %), tandis que 55 % souhaitent modifier leur statut professionnel et 34 % leur lieu de vie. Ces chiffres révèlent une volonté forte de mobilité, mais aussi des obstacles importants à sa réalisation.

Diplôme et réussite inégale

L’étude du Céreq met en lumière des disparités selon le niveau de diplôme des jeunes actifs. Les chances de réussir une réorientation sont plus élevées pour ceux ayant au moins le baccalauréat. Ainsi, 46 % des jeunes diplômés bac+5 et plus parviennent à concrétiser leur projet, contre seulement 35 % des non-diplômés. Cette différence s’explique en partie par les inégalités d’accès à l’information, aux réseaux professionnels et aux opportunités de formation continue. Les jeunes les plus vulnérables, souvent confrontés au chômage ou à un accès tardif à l’emploi, aspirent davantage à une reconversion, mais peinent à la réaliser. À l’inverse, les diplômés bac+5 cherchent moins une amélioration salariale ou des conditions de travail, mais davantage à donner du sens à leur activité professionnelle.

Rigidité du système éducatif

Les autrices de l’étude, dont Dominique Méda et Maëlezig Bigi, pointent du doigt la rigidité du système éducatif français. Celui-ci encourage des parcours linéaires et cloisonnés, où le diplôme obtenu à la fin de la formation initiale détermine largement les opportunités professionnelles. Par exemple, un baccalauréat professionnel, une licence générale ou un diplôme d’ingénieur n’offrent pas les mêmes chances d’insertion. Les comparaisons internationales, comme celles de la sociologue Cécile van de Velde, montrent que les jeunes français subissent une forte pression pour « se placer » dans des hiérarchies professionnelles prédéfinies dès la sortie des études. Pour remédier à cette rigidité, les autrices recommandent de favoriser les logiques d’expérimentation pendant les études, comme les césures, les mobilités internationales ou les allers-retours entre emploi et formation.

Flexibilité et attachement affaibli

Une autre hypothèse avancée par les autrices concerne l’influence des normes de flexibilité promues par les entreprises et relayées par les responsables politiques et les acteurs de l’orientation. Ces normes, qui valorisent la mobilité et l’adaptabilité, se sont diffusées parmi les jeunes actifs, réduisant naturellement leur attachement à une entreprise ou un secteur d’activité. Cette flexibilité, souvent présentée comme une opportunité, peut aussi générer de l’insécurité et une difficulté à s’engager durablement dans un projet professionnel. Les jeunes, confrontés à ces discours, intègrent cette logique de mobilité, mais peinent parfois à la concrétiser en raison des contraintes du marché du travail.

Ce que ça pourrait changer

Les jeunes actifs en France sont surreprésentés dans les métiers les plus pénibles, ce qui explique en partie leur désir de réorientation. Ils sont davantage exposés à des contraintes physiques (nuisances sonores, postures douloureuses, mouvements répétitifs) et bénéficient de moins d’autonomie (délais stricts, horaires contrôlés). De plus, l’insécurité professionnelle est plus marquée : un quart des moins de 25 ans craignent de perdre leur emploi. Ces conditions de travail dégradées, combinées à un manque de perspectives d’évolution, alimentent le souhait de changer de voie. Les autrices soulignent que des améliorations structurelles sont nécessaires pour faciliter les parcours professionnels des jeunes et réduire ces frustrations.

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