Au diapason des artistes – sur « In Minor Keys » à la Biennale de Venise
Le parcours de l’exposition internationale de la Biennale de Venise est pensé à travers les voix de 110 artistes et collectifs qui font de leurs liens à la réalité politique du monde une puissance esthétique. Sur 10 000 m2, on expérimente les variations mineures que suggère son titre, « In Minor Keys ».
L'article présente l'exposition internationale de la Biennale de Venise, intitulée « In Minor Keys », qui se tient dans le pavillon central des Giardini. Cette exposition rassemble 110 artistes et collectifs dont les œuvres explorent les liens entre art et réalité politique mondiale. Organisée sur une surface de 10 000 m², elle invite le public à interpréter une « partition » artistique oscillant entre douceur et douleur. L'approche curatoriale, dirigée par Koyo Kouoh (décédée en mai 2025) et son équipe, suggère de « passer à une vitesse plus lente » pour mieux percevoir ces nuances. Le titre « In Minor Keys » fait référence aux gammes mineures en musique, symbolisant une tonalité à la fois subtile et chargée d'émotion.
Lors de la visite de l'exposition fin juillet 2026, les médias relaient l'arrivée de milliers de jeunes Marocains à Ceuta, une enclave espagnole située à la pointe nord de l'Afrique. Ces migrants traversent à la nage les quelques centaines de mètres séparant le Maroc de Ceuta pour échapper à des conditions de vie difficiles. Ceuta, conquise par le Portugal en 1415 puis rattachée à l'Espagne en 1497, est un territoire disputé où les contrôles frontaliers sont renforcés depuis des décennies. La Guardia Civil, une force de police espagnole, est chargée de surveiller ces frontières et d'empêcher les migrations irrégulières.
Dans son ouvrage Se battre aux frontières de Ceuta et de Melilla publié en 2024, la sociologue Elsa Tyszler analyse les dynamiques frontalières entre le Maroc et l'Espagne. Elle y décrit un racisme systémique envers les migrants, désignés comme « irréguliers », et souligne la violence institutionnelle exercée aux frontières. L'autrice met en lumière la colonialité de la violence, un concept désignant l'héritage des pratiques coloniales dans les politiques migratoires contemporaines. Ces violences se manifestent par des réactions paniquées et violentes des dirigeants européens face à ces migrations, reflétant une hostilité envers les étrangers.
En Italie, où se déroule la Biennale, la Première ministre Giorgia Meloni réagit à la crise de Ceuta en appelant à des mesures exceptionnelles. Elle propose notamment la suspension de l'accord de Schengen, un traité européen facilitant la libre circulation entre ses membres. Meloni annonce également le rétablissement des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne. Ses déclarations, marquées par un rictus (contraction du visage exprimant une émotion négative), sont perçues comme déshumanisantes face à la tragédie des migrants. Ces propos contrastent fortement avec le message porté par l'exposition « In Minor Keys », qui invite à une réflexion plus nuancée sur les réalités politiques et sociales.
L'article établit un parallèle entre les événements tragiques à Ceuta et le propos de l'exposition *« In Minor Keys »*. Koyo Kouoh et son équipe de commissaires, dont Gabe Beckhurst F., ont conçu une scénographie qui invite à une lecture politique de l'art. Les œuvres présentées cherchent à transformer la souffrance et les injustices en une puissance esthétique, en jouant sur les *variations mineures* suggérées par le titre. Cette approche vise à déplacer le regard du public vers une compréhension plus profonde des enjeux contemporains, tout en évitant les simplifications ou les réactions émotionnelles immédiates.

