Nutri-Score : quand la recherche fait face aux lobbies
Depuis la création du Nutri-score, l’industrie agroalimentaire a tenté d’affaiblir cet étiquetage nutritionnel. Des accusations que les industriels et leurs représentants contestent.
Le Nutri-Score est un étiquetage nutritionnel visible sur les emballages alimentaires en Europe, conçu pour aider les consommateurs à comparer rapidement la qualité nutritionnelle des produits. Il attribue une lettre de A (meilleure qualité) à E (moins bonne qualité) en fonction de la teneur en calories, en sucres, en graisses saturées, en fibres, en protéines et en sel. Créé en 2017 sous l'impulsion du professeur Serge Hercberg, directeur du Programme national nutrition santé (PNNS) en France, ce système vise à lutter contre les maladies liées à une mauvaise alimentation, comme l'obésité ou le diabète. Depuis son lancement, le Nutri-Score est adopté par plusieurs pays européens et soutenu par des applications comme Yuka, qui l'intègrent pour informer les utilisateurs.
Depuis sa création, l'industrie agroalimentaire a mis en place sept stratégies pour affaiblir le Nutri-Score, selon une étude récente menée par Serge Hercberg et deux autres chercheurs, Yuka et Mathilde Touvier. Ces stratégies incluent des pressions politiques, des campagnes de désinformation, ou encore des tentatives de promotion d'alternatives concurrentes moins strictes. Par exemple, certains industriels ont tenté de discréditer le système en soulignant ses limites techniques ou en proposant des étiquetages moins exigeants. Ces actions visent à retarder ou à modifier l'application du Nutri-Score, qui pourrait impacter les ventes de produits transformés riches en sucres, en graisses ou en sel.
L'étude identifie sept tactiques précises utilisées par les lobbies agroalimentaires. Parmi elles, on trouve la remise en cause des critères scientifiques du Nutri-Score, comme l'importance accordée aux fibres ou aux protéines. Une autre stratégie consiste à promouvoir des alternatives comme le Nutri-Repère ou le Health Star Rating, des systèmes jugés moins stricts par les chercheurs. Les lobbies ont aussi recours à des arguments économiques, en affirmant que le Nutri-Score pénaliserait les petites entreprises ou les produits traditionnels. Enfin, des pressions directes sur les décideurs politiques* ont été observées pour retarder ou limiter son adoption obligatoire.
Face à ces contestations, Serge Hercberg et son équipe ont mené des travaux pour renforcer la crédibilité du Nutri-Score. Leurs recherches, publiées en 2026, confirment l'efficacité du système à orienter les choix des consommateurs vers des produits plus sains. Les défenseurs du Nutri-Score soulignent que son adoption obligatoire dans plusieurs pays européens prouve son utilité, malgré les résistances. Ils rappellent aussi que le système est basé sur des recommandations scientifiques internationales, comme celles de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et qu'il répond à une demande croissante de transparence de la part des citoyens.
Le Nutri-Score s'inscrit dans une démarche de santé publique visant à réduire les maladies liées à l'alimentation, comme l'obésité ou les maladies cardiovasculaires. En France, l'obésité touche environ 17 % de la population adulte, selon les dernières données disponibles. Le PNNS, dirigé par Serge Hercberg, a pour objectif de diminuer cette prévalence en encourageant une alimentation équilibrée. Le Nutri-Score est un outil clé de cette stratégie, car il permet aux consommateurs de faire des choix éclairés sans avoir besoin de lire les étiquettes nutritionnelles détaillées, souvent complexes.
Malgré les résistances des lobbies, le Nutri-Score continue de gagner du terrain en Europe. Plusieurs pays, dont la France, l'Allemagne et la Belgique, l'ont adopté officiellement, et d'autres pourraient suivre. Cependant, son avenir dépendra de la capacité des institutions à résister aux pressions industrielles. Les chercheurs appellent à une *harmonisation européenne* pour éviter que des systèmes moins stricts ne se substituent au Nutri-Score. À plus long terme, l'objectif est d'étendre ce système à d'autres régions du monde, comme l'Amérique latine ou l'Asie, où les problèmes de malnutrition et d'obésité sont également préoccupants.

