Vous rongez vos ongles ? Une mauvaise habitude que vous feriez mieux d’abandonner
Sincèrement, si vous en avez la force, essayez d'arrêter : votre corps vous remerciera un jour..
L’_onychophagie_ est le terme médical désignant l’habitude de se ronger les ongles. Selon les pays, entre 20 et 30 % des adultes en souffriraient, ce qui représente près d’un quart de la population mondiale. Le DSM-5, un manuel de référence en psychiatrie, classe ce comportement parmi les troubles obsessionnels-compulsifs ou apparentés, car il est souvent lié à une anxiété importante. Bien que souvent minimisée, cette pratique est considérée comme une forme d’automutilation, car elle répond à un besoin compulsif ou émotionnel, comme chercher du réconfort face au stress ou à l’ennui. Elle n’est pas choisie et ne relève pas d’un manque de volonté.
Sous les ongles se trouve une zone appelée hyponychium, qui abrite en moyenne 245 000 unités formant colonies (UFC) de bactéries, selon une étude de 1988 menée par l’Université de Pennsylvanie et Johns Hopkins. À titre de comparaison, le reste de la main en compte seulement 355 UFC, soit un rapport de 70 à 700 pour 1. Cette concentration est bien supérieure à celle des toilettes domestiques nettoyées régulièrement. En rongeant ses ongles, on ingère ces bactéries, mais aussi des champignons, des virus, des parasites, des métaux lourds ou des matières organiques en décomposition. Une étude de 2007 publiée dans la revue Oral Microbiology and Immunology a révélé que 76 % des personnes souffrant d’onychophagie hébergeaient des bactéries de la famille des Enterobacteriaceae, présentes dans le tube digestif, contre 26,5 % dans un groupe témoin.
L’onychophagie endommage durablement les ongles et la peau qui les entoure. Une étude de 2022 publiée dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health décrit des symptômes comme des ongles anormalement courts et irréguliers, des cuticules absentes ou déchiquetées, et des replis unguéaux en cicatrisation. D’autres effets incluent des hémorragies sous forme de minuscules points de saignement, une pigmentation brun-noir en bande verticale sur l’ongle (mélanonychie longitudinale), des rainures horizontales (sillons transversaux), une fragilité généralisée, un élargissement anormal de la lunule (le petit croissant blanc à la base de l’ongle) et des cicatrices de la matrice unguéale (ptérygion). Ces micro-plaies ouvertes sont constamment exposées aux frottements et à la saleté du quotidien.
Les dents ne sont pas conçues pour ronger des ongles, composés de kératine, une protéine souple mais résistante. Cette habitude exerce une force de cisaillement horizontale sur la mâchoire, provoquant des microfractures et une usure prématurée de l’émail des incisives. À long terme, cela peut entraîner des lésions des tissus gingivaux, allant de l’inflammation légère à la récession des gencives. Les conséquences financières peuvent être lourdes : des factures de dentiste atteignant quatre chiffres sont possibles, notamment pour des interventions comme des facettes, un surfaçage radiculaire, un soin parodontal ou une greffe de gencive, souvent mal remboursées par la Sécurité sociale.
L’onychophagie n’est pas un choix, mais un trouble lié à l’anxiété. Des solutions existent pour l’atténuer. L’Académie américaine de dermatologie recommande de couper les ongles ras pour limiter la prise. Les *thérapies comportementales cognitives (TCC)*, réalisées avec un psychologue ou un psychiatre, peuvent traiter le réflexe à la source. Ces thérapies, parfois associées à des anxiolytiques, peuvent être prescrites par un médecin traitant si le trouble perturbe significativement le quotidien. Il est important de ne pas culpabiliser, car cette habitude dépasse souvent la simple volonté.

