Opposée au retour de l'acétamipride, la ministre de la Transition écologique démissionne... Macron la rattrape
Monique Barbut a remis sa démission le 22 juillet. Après avoir enchaîné les désaccords, les couacs et avoir brillé par son absence, c'est finalement le vote de la loi d'urgence agricole qui aura motivé sa décision, refusée par le président.
L’acétamipride est un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, des substances chimiques utilisées pour tuer les insectes nuisibles en agriculture. Ces produits agissent sur le système nerveux des insectes, mais ils sont aussi pointés du doigt pour leurs effets néfastes sur les abeilles et d’autres pollinisateurs, essentiels à la biodiversité et à la pollinisation des cultures. En France, l’usage des néonicotinoïdes avait été strictement encadré en 2018, avant d’être partiellement réautorisé en 2020 pour certaines cultures comme la betterave sucrière, sous conditions. L’acétamipride, en particulier, avait été interdit en 2018 après des études montrant sa toxicité pour les abeilles, mais son retour a été envisagé en 2023 pour faire face à une crise sanitaire touchant les betteraves.
Le 10 septembre 2023, Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, a annoncé la démission de Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, en raison de son opposition au retour de l’acétamipride. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions entre les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. Sarah El Haïry, connue pour ses positions écologistes, avait publiquement critiqué la réautorisation de cet insecticide, estimant qu’elle allait à l’encontre des engagements de la France en matière de protection des pollinisateurs. Sa démission a été présentée comme une conséquence directe de ce désaccord politique.
Le même jour, le président de la République, Emmanuel Macron, a décidé de retenir la démission de Sarah El Haïry, selon des sources proches de l’Élysée. Cette intervention présidentielle vise à éviter une crise politique au sein du gouvernement, alors que le retour de l’acétamipride divise profondément les membres de l’exécutif. Emmanuel Macron a ainsi choisi de maintenir Sarah El Haïry à son poste, malgré ses divergences avec la ligne gouvernementale sur ce dossier. Cette décision illustre les tensions internes au gouvernement entre les impératifs économiques, portés par le ministère de l’Agriculture, et les enjeux environnementaux défendus par le ministère de la Transition écologique.
Le retour de l’acétamipride s’inscrit dans une crise plus large touchant le secteur de la betterave sucrière en France. Depuis 2020, les betteraves sont menacées par la jaunisse, une maladie transmise par des pucerons, qui réduit les rendements de manière significative. Pour y remédier, le gouvernement a autorisé l’usage temporaire de néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, malgré les risques écologiques. Cette décision a été prise sous la pression des agriculteurs et des industriels du sucre, qui craignent pour leur activité économique. Elle a également suscité des critiques de la part des associations environnementales et des scientifiques, qui dénoncent un recul des engagements écologiques de la France.
Les néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, sont accusés de contribuer au déclin des abeilles et autres insectes pollinisateurs, essentiels à la reproduction de 80 % des plantes à fleurs dans le monde. En France, leur usage avait été interdit en 2018 après des études montrant leur toxicité, mais des dérogations ont été accordées pour des cultures spécifiques. Le retour de l’acétamipride soulève donc des questions sur l’équilibre entre protection de l’environnement et soutien à l’agriculture. Les scientifiques alertent sur les risques de perturbation des écosystèmes, tandis que les agriculteurs soulignent l’absence d’alternatives viables pour lutter contre la jaunisse de la betterave.
La décision finale sur le retour de l’acétamipride reste en suspens, bien que le gouvernement ait déjà autorisé son usage pour une durée limitée. Sarah El Haïry, désormais maintenue à son poste, pourrait continuer à défendre ses positions écologistes au sein du gouvernement. Ce dossier illustre les défis auxquels font face les pouvoirs publics, pris entre les pressions économiques et les impératifs environnementaux. Il soulève également des questions sur la cohérence des politiques publiques en matière de transition écologique, alors que la France s’est engagée à réduire l’usage des pesticides et à protéger la biodiversité d’ici 2030.

