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Culture

La chronique du Grand Continent, chronique du vendredi 14 août 2026

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 19 j

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Méditerranée, un modèle

L’historien Fernand Braudel a montré que la Méditerranée n’était pas simplement une frontière ou un décor, mais une région complexe marquée par des échanges, des rivalités entre empires et des circulations commerciales. Cette vision, qui va de Carthage à Marseille en passant par les rives du Liban ou le port du Pirée, a inspiré l’historien François Gipouloux pour analyser une autre région du monde : l’Asie maritime. En transposant cette grille de lecture, il propose de voir cette zone non comme un espace vide, mais comme un ensemble d’interdépendances, où les terres et les mers s’entremêlent. Cette approche permet de mieux comprendre les dynamiques géopolitiques et économiques qui structurent cette région, souvent comparée à une thalassocratie, c’est-à-dire une puissance dont la force repose sur la domination des mers.

Asie maritime, un réseau

François Gipouloux applique le modèle braudélien à l’Asie maritime en prenant comme point de vue la ville de Hong Kong. Depuis cette position, on observe une succession de terres et d’îles : le Vietnam, la Malaisie, Brunei, les Philippines, Taïwan et, plus loin, le Japon. Ces territoires, reliés par des routes maritimes, forment un réseau dense où circulent des biens comme la soie, le thé vert ou les métaux précieux. Ces échanges ont façonné les provinces côtières chinoises, les transformant en zones de contact entre le continent et les diasporas chinoises installées à l’étranger. Ces diasporas, échappant parfois au contrôle de l’État chinois, ont joué un rôle similaire à celui des marchands méditerranéens : elles ont servi de ponts entre des espaces politiques souvent perçus comme fermés et ont favorisé l’émergence de pratiques économiques innovantes.

Deng Xiaoping, ouverture économique

Dans les années 1980, Deng Xiaoping, alors dirigeant de la Chine, a ouvert le pays au monde après des décennies de fermeture sous Mao Zedong. Cette période a vu la création de zones économiques spéciales, comme celle de Shenzhen, située près de Hong Kong. Ces zones ont importé des flux financiers moins régulés et des pratiques capitalistes en provenance de pays voisins comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour. Les diasporas chinoises, installées dans ces régions, ont agi comme des relais entre la Chine et le reste du monde. Leur rôle a été comparable à celui des marchands méditerranéens : elles ont permis des échanges entre des espaces politiques initialement fermés et ont favorisé l’expérimentation de nouveaux modèles économiques. Ces dynamiques ont contribué à façonner un capitalisme spécifique à la Chine, distinct de celui de l’Europe.

Shanghai, géant des mers

Le port de Shanghai illustre cette transformation. Aujourd’hui, il traite chaque année plus de conteneurs que l’ensemble des ports des États-Unis réunis. Cette performance reflète l’intégration de la Chine dans les échanges mondiaux et son rôle central dans le commerce maritime. Cependant, cette puissance commerciale est désormais confrontée à des enjeux géopolitiques majeurs. La Chine, dirigée par Xi Jinping depuis 2012, cherche à étendre son influence bien au-delà de ses côtes, notamment en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan. Cette ambition s’inscrit dans une stratégie plus large visant à affirmer la souveraineté chinoise sur des espaces maritimes jusqu’ici marqués par une certaine porosité et flexibilité.

Liu Huaqing, stratège maritime

L’amiral Liu Huaqing (1916-2011) est une figure clé de cette stratégie. Ancien vétéran de la Longue Marche de Mao, il a été le premier à théoriser la nécessité pour la Chine de développer une souveraineté maritime. Il a également établi un plan pour prendre progressivement le contrôle des îles situées au large de la Chine, dont Taïwan. Son héritage influence encore aujourd’hui la politique chinoise, notamment sous Xi Jinping. Liu Huaqing est souvent présenté comme le stratège maritime qui a posé les bases de l’expansion actuelle de la Chine en mer. Son approche combine à la fois des ambitions militaires et économiques, visant à faire de la Chine une puissance incontournable dans la région.

Taïwan, exercice militaire

Face à la montée des tensions avec la Chine, Taïwan a organisé en août 2026 son plus grand exercice militaire de l’année. Pendant neuf jours, 20 000 militaires se sont entraînés à faire face à une éventuelle invasion chinoise. Plusieurs scénarios ont été simulés : débarquements amphibies, attaques contre des infrastructures stratégiques, bombardements de villes ou coupures des communications. Ces manœuvres reflètent les inquiétudes croissantes de la population taïwanaise face à la pression militaire chinoise. Elles s’inscrivent dans un contexte où la Chine, sous Xi Jinping, cherche à imposer une souveraineté totale sur les espaces maritimes environnants, y compris ceux revendiqués par Taïwan. Cette stratégie risque cependant de fragiliser les fondements mêmes de la puissance chinoise, qui reposent sur la flexibilité et les échanges avec les diasporas.

Ce que ça pourrait changer

La politique actuelle de Xi Jinping, visant à imposer une souveraineté totale sur les espaces maritimes chinois, pourrait à terme affaiblir la Chine. Historiquement, la puissance chinoise s’est construite sur la porosité et la flexibilité de ses territoires, notamment les provinces côtières et les diasporas. En cherchant à contrôler strictement ces zones, la Chine risque de briser les réseaux d’échanges et de coopération qui ont fait sa force. Cette rigidification pourrait également alimenter les tensions avec les États-Unis et d’autres pays de la région, notamment en mer de Chine méridionale. L’exercice militaire de Taïwan en 2026 illustre cette dynamique : il montre que la quête de souveraineté absolue peut mener à des conflits coûteux et imprévisibles.

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