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Généraliste

Les postes « français essentiel » ont chuté d’environ 75 % en 50 ans au fédéral

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 10 j

Alors que la proportion de postes bilingues a explosé, les postes dits « français essentiel » ont chuté..

Évolution des postes linguistiques

Entre 1974 et 2025, la proportion de postes fédéraux désignés comme français essentiel (où seul le français est requis) a chuté de 12,6% à 3,1%, soit une baisse d’environ 75%. Pendant ce temps, les postes anglais essentiel sont passés de 60,2% à 49%, et les postes bilingues (anglais et français requis) ont augmenté de 19% à 42,4%. Ces chiffres proviennent d’une étude menée par Vincent Larochelle, étudiant en science politique à l’Université de Montréal, qui a analysé des archives de 1974. La Loi sur les langues officielles (adoptée en 1969) visait à renforcer l’usage du français dans la fonction publique fédérale, mais ces données montrent un recul marqué des postes réservés uniquement au français.

Représentation des francophones

La diminution des postes français essentiel ne signifie pas une baisse du nombre de fonctionnaires francophones dans l’administration fédérale. En réalité, leur représentation a même augmenté, notamment grâce à l’essor des postes bilingues. Selon Luc Turgeon, professeur à l’Université d’Ottawa, environ 68% des fonctionnaires fédéraux au Québec (hors région d’Ottawa-Gatineau) doivent être bilingues pour occuper leur poste, contre seulement 13% dans le reste du Canada. Cette situation s’explique par le fait que les francophones sont plus nombreux à maîtriser les deux langues que les anglophones. Cependant, travailler en français dans un poste bilingue reste difficile : 44% des fonctionnaires francophones des régions bilingues déclarent être mal à l’aise de le faire.

Limites du bilinguisme imposé

Le bilinguisme obligatoire dans de nombreux postes fédéraux pose un problème pour les francophones. Bien que la Loi sur les langues officielles ait été adoptée il y a 50 ans pour garantir l’égalité entre le français et l’anglais, des rapports et sondages montrent que le français reste souvent relégué au second plan. Par exemple, des plaintes déposées auprès du Commissariat aux langues officielles révèlent que certains fonctionnaires francophones quittent la fonction publique en raison de leur difficulté à travailler dans leur langue maternelle. La commissaire actuelle, Kelly Burke, souligne que l’objectif de la loi n’est pas de rendre tous les postes bilingues, mais de créer un environnement où les deux langues peuvent être utilisées efficacement.

Réactions politiques et critiques

Les partis politiques québécois et écologistes expriment leur inquiétude face à cette tendance. Mario Beaulieu, porte-parole du Bloc québécois en matière de langues officielles, affirme que la réduction des postes français essentiel favorise une utilisation exclusive de l’anglais par les anglophones. De son côté, le Parti vert du Canada promet de demander des éclaircissements au gouvernement sur les causes de cette évolution et ses conséquences pour le français dans la fonction publique. L’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) insiste sur le fait que le véritable enjeu n’est pas seulement la désignation linguistique des postes, mais la capacité réelle des fonctionnaires à travailler, être supervisés et progresser dans la langue de leur choix.

Ce que ça pourrait changer

Dès 1975, le premier commissaire aux langues officielles, Keith Spicer, avait alerté sur le déséquilibre entre les postes *français essentiel* et *anglais essentiel*. Dans un rapport, il s’interrogeait : *« L’égalité des chances ne risque-t-elle pas d’être mise au rancart ? »* Aujourd’hui, la commissaire actuelle, Kelly Burke, reconnaît que la situation décrite en 1975 reste d’actualité. Elle souligne que la loi ne vise pas à imposer le bilinguisme à tous, mais à assurer un accès égal aux deux langues dans les institutions fédérales. Malgré une augmentation globale du bilinguisme, les défis persistent pour garantir un usage effectif du français dans l’administration publique.

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