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Géopolitique

Ricardo Torres Pérez, économiste : “Cuba fait face à un effondrement structurel”

Courrier International · mis à jour il y a 17 j

Interviewé dans la revue en ligne “El Estornudo”, cet économiste cubain indépendant estime que les mesures annoncées par le pouvoir ne résoudront rien à la crise profonde qui touche l’île. Pour lui, au-delà de la résolution indispensable du conflit entre Cuba et les États-Unis, le salut de Cuba pourrait venir de l’“accès aux financements des organisations multilatérales”..

Mesures économiques cubaines

Le gouvernement cubain a annoncé le 19 juin 2024 un ensemble de 176 mesures visant à ouvrir presque tous les secteurs de l’économie au capital privé. Ces réformes, présentées comme une réponse à la crise économique du pays, s’inscrivent dans une logique d’économie de marché. Elles ont été approuvées par le Comité central du Parti communiste et l’Assemblée nationale, deux institutions clés du système politique cubain. Ces mesures marquent une rupture avec les politiques économiques traditionnelles de Cuba, historiquement centrées sur un modèle étatisé. Cependant, selon l’économiste Ricardo Torres Pérez, ces réformes ne suffiront pas à résoudre les problèmes structurels du pays, car elles ne s’attaquent pas aux causes profondes de la crise.

Effondrement structurel de Cuba

Ricardo Torres Pérez, économiste cubain et chercheur au Centre d’études latino-américaines et latines de l’American University à Washington, qualifie la situation économique de Cuba d’effondrement structurel. Contrairement à une crise conjoncturelle, un effondrement structurel désigne une dégradation profonde et durable des fondements économiques d’un pays, liée à des facteurs internes et externes. Pour Cuba, ces facteurs incluent des décennies de gestion économique inefficace, un embargo américain en vigueur depuis 1962, et une dépendance excessive à des secteurs comme le sucre ou le tourisme. Torres Pérez souligne que cette situation ne peut être résolue par de simples ajustements de politiques économiques, mais nécessite une refonte complète du système.

Position de l’économiste Ricardo Torres Pérez

Ricardo Torres Pérez est un ancien professeur du Centre d’études de l’économie cubaine à La Havane et fait partie d’une équipe de cinq économistes cubains indépendants. Ces experts travaillent depuis mars 2024 sur un projet de transformation économique pour Cuba, en dehors des cercles du pouvoir castriste. Leur approche diffère de celle du gouvernement de Miguel Díaz-Canel, dont l’équipe de conseillers a élaboré les 176 mesures annoncées. Torres Pérez considère que ces mesures, bien qu’ambitieuses, ne répondent pas aux défis structurels du pays. Son analyse repose sur une évaluation critique des faiblesses historiques de l’économie cubaine, notamment son manque de diversification et sa dépendance aux importations.

Contexte politique et économique

Cuba est dirigée depuis des décennies par un régime communiste, avec le Parti communiste comme seul parti autorisé. Le président Miguel Díaz-Canel, en poste depuis 2018, a lancé ces réformes pour tenter de relancer une économie en difficulté. Cependant, les économistes indépendants comme Torres Pérez soulignent que les changements annoncés restent limités par le cadre politique existant. Le système cubain, marqué par un contrôle strict de l’État sur l’économie, limite la portée des réformes. Par ailleurs, l’embargo américain, toujours en vigueur, continue de peser sur les échanges commerciaux et les investissements étrangers à Cuba.

Ce que ça pourrait changer

Le projet de transformation économique de Torres Pérez et son équipe s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir de Cuba. Alors que le gouvernement mise sur l’ouverture partielle au capital privé pour stimuler l’économie, les économistes indépendants plaident pour des réformes plus profondes. Leur travail, réalisé sans lien avec les institutions officielles, reflète une volonté de proposer des alternatives aux politiques actuelles. Cependant, la mise en œuvre de telles réformes se heurte à des obstacles politiques et idéologiques, dans un pays où le Parti communiste conserve un pouvoir absolu. Le débat porte donc sur la capacité de Cuba à se réformer sans remettre en cause son système politique.

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