Après un léger ralentissement, la fonte de la banquise arctique reprend de plus belle
Le recul de la banquise arctique reprend. Une étude publiée le 20 juillet dans la revue PNAS révèle que la relative pause de la fonte observée au début des années 2020 n'a été que de courte durée.
Au début de l’année 2024, la fonte de la banquise arctique a connu un ralentissement par rapport aux années précédentes. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance générale de réduction de la surface de glace en Arctique, observée depuis plusieurs décennies. La banquise, qui est la couche de glace flottante à la surface de l’océan, se forme et fond naturellement selon les saisons. Cependant, depuis les années 1980, sa surface diminue de manière significative en raison du réchauffement climatique. En février 2024, la superficie de la banquise arctique était de 14,62 millions de km², un chiffre légèrement supérieur à celui enregistré en 2023 à la même période, mais toujours bien en dessous de la moyenne des années 1980.
Dès le mois de mars 2024, la fonte de la banquise arctique a repris une vitesse alarmante, dépassant même les taux observés lors des années précédentes. Selon les données du National Snow and Ice Data Center (NSIDC), une institution américaine spécialisée dans l’étude des glaces, la superficie de la banquise a atteint son minimum annuel le 14 septembre 2023 avec 4,23 millions de km². Ce chiffre est le sixième plus bas enregistré depuis le début des mesures par satellite en 1979. La reprise rapide de la fonte en mars 2024 s’explique en partie par des températures anormalement élevées dans la région, avec des écarts pouvant atteindre +4°C par rapport aux moyennes saisonnières.
La réduction de la banquise arctique a des répercussions majeures sur les écosystèmes locaux et globaux. En Arctique, la glace joue un rôle crucial pour la survie d’espèces comme l’ours polaire, le phoque ou le morse, qui dépendent de sa présence pour chasser, se reproduire ou se déplacer. La fonte accélérée perturbe également les courants océaniques et atmosphériques, ce qui peut influencer les conditions météorologiques à l’échelle mondiale. Par exemple, une étude publiée en 2023 a montré que la disparition de la banquise pourrait intensifier les épisodes de canicules en Europe ou aggraver les tempêtes dans l’hémisphère Nord. De plus, la fonte libère des quantités importantes de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂, piégé depuis des millénaires dans le permafrost sous-marin.
Plusieurs facteurs expliquent l’accélération récente de la fonte de la banquise. D’abord, les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, comme le dioxyde de carbone (CO₂), continuent d’augmenter, renforçant l’effet de serre et donc le réchauffement climatique. Ensuite, des phénomènes naturels comme El Niño, un courant océanique chaud dans le Pacifique, ont contribué à des températures anormalement élevées en Arctique en 2023 et 2024. Enfin, la réduction de l’albédo, c’est-à-dire la capacité de la surface blanche de la banquise à réfléchir la lumière du soleil, joue un rôle clé. Lorsque la glace fond, elle est remplacée par de l’eau sombre qui absorbe davantage de chaleur, accélérant encore le processus de fonte.
Les scientifiques alertent depuis des années sur la vitesse alarmante de la fonte de la banquise arctique, mais les données récentes confirment que les projections les plus pessimistes se réalisent. Le *GIEC* (*Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat*), une organisation internationale créée par l’ONU, a souligné dans son dernier rapport que l’Arctique pourrait être libre de glace en été dès les années 2030, soit bien plus tôt que prévu. Cette situation préoccupe particulièrement les communautés autochtones de la région, comme les Inuits, dont les modes de vie traditionnels sont directement menacés. Les chercheurs appellent à une réduction drastique des émissions de CO₂ pour limiter les dégâts, mais les engagements actuels des États ne suffisent pas à atteindre cet objectif.

