Evo 2 : le ChatGPT de l’ADN a « un potentiel énorme » pour François Rousset (CNRS)
Des chercheurs de Stanford ont créé un modèle de langage génomique puis l’ont utilisé pour générer le génome de 16 bactériophages viables, des virus de bactéries, proches du bactériophage naturel ΦX174 qui attaque la bactérie Escherichia coli. Une révolution pour son domaine, nous explique François Rousset, chercheur CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie.
Des chercheurs de l’université Stanford ont développé Evo 2, un modèle de langage spécialisé dans la génération de séquences d’ADN. Inspiré de l’intelligence artificielle comme ChatGPT, il apprend à prédire les séquences de bases nucléotidiques (A, T, G, C) en analysant des corpus de génomes naturels. Contrairement à un modèle de langage classique qui génère du texte, Evo 2 produit des séquences génétiques fonctionnelles. François Rousset, chercheur au CNRS, compare son fonctionnement à celui de ChatGPT : « De la même façon qu’un modèle de langage comme ChatGPT peut générer du texte en ayant appris des énormes corpus de textes, ce modèle peut faire quelque chose de similaire sur des séquences d’ADN en apprenant quelles sont les contraintes sur les séquences de bases nucléotidiques A, T, G et C. » Cette technologie marque une avancée majeure dans le domaine de la bio-ingénierie.
Les chercheurs ont utilisé Evo 2 pour concevoir 16 bactériophages viables, des virus naturels qui ciblent spécifiquement les bactéries. Ces nouveaux génomes, baptisés Evo-Φ36, sont proches du bactériophage naturel ΦX174, qui infecte la bactérie Escherichia coli (plus connue sous le nom d’E. coli). Ces bactériophages artificiels n’existent pas dans la nature mais ont été conçus pour être fonctionnels. Leur création ouvre des perspectives inédites en biologie synthétique, notamment pour lutter contre des bactéries résistantes aux antibiotiques. Les résultats ont été publiés le 6 août 2026 dans la revue Science.
François Rousset souligne le « potentiel énorme » d’Evo 2, capable de générer des génomes viables à partir de rien. Cette avancée pourrait révolutionner des domaines comme la médecine, l’agriculture ou la recherche fondamentale. Cependant, des questions de biosécurité émergent : la création de nouveaux virus, même non pathogènes pour l’humain, soulève des enjeux éthiques et réglementaires. L’article mentionne que des utilisateurs ont déjà évoqué des risques potentiels, comme la possibilité de concevoir des agents pathogènes de masse, bien que cela reste hypothétique et non envisagé sérieusement par les scientifiques. Le débat sur l’encadrement de ces technologies est donc crucial.
L’équipe de recherche à l’origine d’Evo 2 est dirigée par Samuel H. King et travaille au sein du département de *bioengineering* de l’université Stanford. François Rousset, chercheur au CNRS et spécialiste en infectiologie, a commenté ces travaux pour le média *Next.ink*. Les publications scientifiques associées à ce projet datent de novembre 2024 (première version d’Evo) et mars 2026 (Evo 2), avec une nouvelle étude parue en août 2026. Ces travaux s’inscrivent dans une période qualifiée de « révolutionnaire » par les experts, illustrant l’accélération des progrès en biologie synthétique.

